Actualité générale

Le Secrétaire général du Conseil de l’Europe, Alain Berset, a appelé à une adaptation réfléchie de la CEDH, désormais âgée de 75 ans, afin qu’elle réponde aux enjeux contemporains tout en préservant ses valeurs démocratiques fondamentales. Cette déclaration intervient dans un contexte marqué par des pressions politiques dans certains États membres, notamment autour des questions migratoires.

En parallèle, neuf États membres du Conseil de l’Europe ont publié, le 22 mai 2025, une lettre ouverte invitant à reconsidérer l’interprétation de la Convention, invoquant leur “mandat démocratique”. Ils souhaitent engager un dialogue ouvert sur les évolutions jurisprudentielles de la Cour.

Le 9 juillet 2025, la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’Homme a examiné un recours interétatique collectif (Ukraine & Pays‑Bas contre Russie), concernant de graves violations de liberté et de droits fondamentaux par la Russie. L’affaire vise des atteintes aux articles 2, 3, 5, 8, 10, 13, 14, 38, ainsi qu’aux articles 1 et 2 du Protocole n°1 à la Convention.

Le 25 juin 2025, par un traité entre le Conseil de l’Europe et l’Ukraine, a été officiellement créé un tribunal pénal international dédié à juger les crimes d’agression commis contre l’Ukraine. L’accord a été ratifié par la Rada suprême le 15 juillet 2025. Ce tribunal est compétent pour juger les crimes liés à l’invasion de 2022 ainsi qu’aux événements en Crimée et dans le Donbass.

Le 17 juillet 2025, la France a réaffirmé lors de la Journée de la justice pénale internationale son attachement à la Cour pénale internationale (CPI), en tant que sentinelle de l’indépendance, de l’impartialité, de l’effectivité et de l’universalité dans la lutte contre l’impunité à l’échelle mondiale.

Aux États-Unis, quatre juges de la CPI ont été sanctionnés pour leur implication dans les enquêtes sur des crimes commis par les forces américaines en Afghanistan et par Israël à Gaza. Cette intervention de Washington soulève des questions sur la souveraineté judiciaire et la coopération inter-États dans la poursuite pénale internationale

Une nouvelle convention onusienne sur la cybercriminalité, adoptée en décembre 2024, prévoit une cérémonie de signature en octobre 2025. Ce traité vise à renforcer la coopération internationale contre la cybercriminalité, mais suscite de nombreuses critiques — notamment sur les risques pour les droits humains (surveillance, définition floue de la criminalité technologique)

Le 21 avril 2025, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté la résolution 2601, encourageant l’accélération de l’adhésion de l’Union européenne à la CEDH. Le projet d’accord d’adhésion de 2023 attend toujours d’être soumis à la CJUE. L’adhésion de l’UE représente un enjeu majeur pour renforcer la protection des droits fondamentaux.

Depuis mai 2025, plusieurs pays européens — dont l’Italie — ont signé une lettre appelant à rétablir un meilleur équilibre entre migration et protection des droits — critiquant une interprétation excessive de la CEDH par la Cour. Parallèlement, au Royaume-Uni, la Ministre de la Justice Shabana Mahmood a annoncé une future réforme — incluant la révision des articles 3 et 8 de la CEDH — pour limiter leur impact sur les expulsions

Le Secrétaire général du Conseil de l’Europe, Alain Berset, a souligné la nécessité d’adapter la Convention face aux pressions migratoires grandissantes.

En juillet 2025, une session spéciale de l’Assemblée des États parties à la CPI visait à combler le vide juridique concernant la compétence pénale sur le crime d’agression, jadis problématique à cause de l’absence de ratification par certains États. Par ailleurs, la CPI a subi fin juin une tentative de cyberattaque sophistiquée, désormais maîtrisée, soulignant les enjeux sécuritaires liés à l’institution.

Du 10 au 12 octobre 2025, l’Academy des Principes de Nuremberg organise le Nuremberg Forum 2025, axé sur le renforcement du droit international pénal, dans le cadre du 80e anniversaire des procès de Nuremberg

La Conférence d’urgence sur la Palestine, dite sommet de Bogotá (15–16 juillet), a réuni 32 pays autour de mesures pour condamner les violations du droit international humanitaire commises durant la guerre à Gaza.

Au Royaume-Uni, un groupe transversal présidé par Helena Kennedy œuvre pour imposer légalement une définition claire du génocide et instituant un mécanisme parlementaire interne (Genocide Determination Bill) pour déterminer et prévenir ce crime. Le groupe insiste sur un cadre plus contraignant pour l’exécutif, parfois jugé trop dépendant des institutions internationales.

  • Actualités droit pénal international 

Tensions autour de la CPI : menaces et pressions externes — Lors de l’assemblée annuelle de la Cour en novembre 2025, la présidente a fermement déclaré que la CPI ne céderait pas aux pressions provenant notamment des États-Unis et de la Russie, en dépit des sanctions et menaces visant des juges et procureurs.

Les sanctions américaines contre des membres de la CPI — notamment des juges — posent un vrai défi à l’indépendance de la Cour. L’un des juges concernés, Nicolas Guillou (France), a évoqué les impacts concrets : restrictions financières, bancaires, isolement.

Enjeux : ces pressions pourraient fragiliser la capacité de la CPI à fonctionner, mais la mobilisation diplomatique (États membres, institutions européennes) — ainsi que le soutien affiché — illustrent l’importance politique et symbolique de la Cour pour le maintien de l’ordre international.

Appel renouvelé à un soutien international fort à la CPI — Début octobre, la cheffe de la diplomatie de l’Union, Kaja Kallas, a plaidé pour un renforcement du droit international et un soutien accru à la CPI, devant les attaques contre l’État de droit international.

Ce signal de soutien politique renforce la légitimité de la Cour face aux tentatives de démoralisation ou de retrait par certains États

(1) Le FRA (Agence européenne des droits fondamentaux) a pris la parole lors de la conférence sur l’État de droit à Berlin (15-16 septembre 2025).

(2) Rapport de Human Rights Watch : la mise en œuvre du nouveau Pacte migration et asile de l’UE (adopté en mai) risque de restreindre davantage les droits d’asile, en particulier dans des situations d’“afflux massif” ou d’“instrumentalisation” migratoire. D’autant plus que la Cour européenne des droits de l’homme a annulé une mesure provisoire en vigueur en Autriche, permettant la déportation vers la Syrie, au motif qu’elle ne trouvait plus les conditions pour maintenir l’interdiction temporaire. Amnesty dénonce un risque pour le principe de non-refoulement.

(3) Un rapport d’ONG (FIDH/LDH/OMCT) alerte que la France s’éloigne de plus en plus de l’idéal démocratique depuis 2017, via des lois sur “le séparatisme”, des dissolutions d’associations, des restrictions aux manifestations, etc.

(4) Lancement du nouveau système de contrôle aux frontières de l’UEEES : Le 12 octobre 2025, l’UE a mis en service le nouveau système numérique Entry/Exit System (EES) dans 29 pays européens. Il remplace les tampons de passeport par un enregistrement électronique (empreintes + photo) et vise à renforcer la gestion des frontières extérieures. Ce système a des implications directes sur le droit de la libre circulation, la protection des données, et les contrôles migratoires.

(5) Nouvelles règles de l’UE sur la publicité politique entrent en vigueur : Depuis le 10 octobre 2025, des règles uniformes s’appliquent dans l’UE pour la publicité politique : transparence sur l’origine, obligations d’information, limites de ciblage, etc.

(6) Pression accrue sur la Hongrie pour non-respect de l’État de droit : À l’approche de la réunion des États membres (21 octobre 2025), Human Rights Watch appelle l’UE à voter une procédure sous l’article 7 contre la Hongrie, en raison des atteintes à l’indépendance judiciaire, la liberté d’expression, et les droits civils.

(7) Déclaration commune UE/Conseil de l’Europe pour la Journée mondiale contre la peine de mort : Le 10 octobre 2025, l’UE et le Conseil de l’Europe ont réaffirmé leur opposition sans compromis à la peine de mort dans toutes les circonstances, appelant les États restants à instaurer un moratoire puis abolition complète.

Veille jurisprudentielle

  • CJUE (depuis le 1er août)
  1. Asile – pays tiers “sûrs” : la désignation d’un État tiers doit pouvoir être contestée devant un juge ; pas de listes opaques (C-758/24 & C-759/24).
  2. Conditions d’accueil : un afflux massif ne permet pas de déroger aux obligations minimales envers les demandeurs d’asile (C-97/24).
  3. Sport & droit au juge : les sentences du TAS/CAS doivent être soumises à un contrôle juridictionnel effectif par les juridictions de l’UE (C-600/23, RFC Seraing).
  4. Droit pénal européen : le principe lex mitior s’applique aussi aux sanctions administratives de nature pénale (C-544/23, BAJI Trans).
  5. Dieselgate : le constructeur reste responsable d’un dispositif d’invalidation illégal malgré l’homologation CE (C-666/23, Volkswagen).
  6. Santé publique : confirmation de l’annulation du classement du dioxyde de titane comme cancérogène (C-71/23 & C-82/23).
  7. Services de paiement : perte du droit au remboursement si notification tardive avec faute grave (C-665/23, Veracash).
  8. Discrimination et handicap : La CJUE juge que la protection des personnes handicapées contre les discriminations indirectes s’étend également aux parents d’enfants handicapés. Les employeurs doivent à ce titre prévoir des « aménagements raisonnables » pour eux (C‑38/24, Bervidi).

  • CEDH (juillet–septembre 2025)
  1. Procès équitable – Grèce : violation des art. 6 et 13 (durée excessive + recours inefficace) (Vervele c. Grèce, 26 août 2025).
  2. Intégrité électorale – Royaume-Uni : pas de violation de l’art. 3 du Protocole n° 1 (ingérence étrangère alléguée mais contre-mesures suffisantes) (Bradshaw c. UK, 22 juillet 2025).
  3. Terrorisme – Turquie : violation de l’art. 7 et du droit à un procès équitable (usage de l’appli “ByLock” traité comme preuve automatique) (Demirhan c. Turquie, 22 juillet 2025).
  4. Sport & contrôle juridictionnel (Grande Chambre) : violation de l’art. 6 § 1 pour absence de contrôle suffisant du TF suisse sur une sentence du TAS (Semenya c. Suisse, 10 juillet 2025).
  5. Traitement judiciaire des violences sexuelles : la France est condamnée par la CEDH en raison de défaillances dans le traitement judiciaire des violences sexuelles envers des mineures (violation articles 14, 3 et 8 combinés : L. et autres c. France).
  6. Protection pénale contre les actes sexuels non-consentis : la France a manqué à ses obligations positives, qui lui imposaient d’instaurer des dispositions incriminant et réprimant les actes sexuels non consentis et de les appliquer de façon effective. Partant, il y a eu violation des articles 3 et 8 de la Convention (E.A. et Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail c. France, 4 septembre 2025). 
  • Droit pénal international et européen
  1. CPI – Libye : mandat d’arrêt déclassifié contre Saif Suleiman Sneidel (8 août 2025).
  2. CPI – Philippines/Venezuela : multiples décisions de procédure (audiences, demandes de mise en liberté, composition des chambres, août 2025).
  3. CJUE & EPPO : encadrement du contrôle juridictionnel des actes du Parquet européen (C-292/23).

Mise à jour (depuis le 15 septembre) :

🏛 CJUE

  • 4 septembre 2025 (CJUE, 4 septembre 2025, « R » S.A. c. AW « T » sp. z o.o., aff. C-225/22) : Sur l’état de droit et l’indépendance judiciaire : la CJUE admet qu’une juridiction nationale peut ne pas appliquer une décision d’une juridiction de rang supérieur si celle-ci est entachée d’un manquement grave à l’indépendance (composition des juges) — une juridiction nationale peut refuser d’appliquer une décision illégitime.
  • 18 septembre 2025, Opinion de l’Avocat Général Affaires jointes C-188/24 et C-190/24 (WebGroup Czech Republic & NKL Associates): Mesure nécessaire en droit pénal pour contrôles routiers relève du principe de l’État d’origine prévu par la directive e-commerce.
  • 17 septembre 2025 : Élection des juges devant exercer les fonctions de l’Avocat Général au sein du Tribunal général pour les demandes de renvoi préjudiciel.
  • 17 septembre 2025 : Élection des présidents des chambres du Tribunal général.
  • 16 septembre 2025 : Savvas Papasavvas réélu Vice-Président du Tribunal général.
  • 16 septembre 2025 : Marc van der Woude réélu Président du Tribunal général.
  • 15 septembre 2025 : Entrée en fonction des nouveaux membres de la CJUE et du Tribunal général, et renouvellement partiel du Tribunal général.

🏛 CEDH

  • 16-18 septembre 2025 : La CEDH a notifié 15 jugements et/ou décisions concernant l’Arménie, l’Autriche, Malte et la Russie.
    Portal
  • 15 septembre 2025 : Le panel de cinq juges de la Grande Chambre a accepté le renvoi du cas Tergek v. Turquie (n° 39631/20) à la Grande Chambre, et rejeté les requêtes de renvoi de dix autres affaires.
  • Demande d’avis consultatif acceptée (16 septembre) : La demande d’avis consultatif introduite par la Cour Suprême d’Ukraine (21 août 2025) sur la question de savoir si la cellule d’une nonne peut être considérée comme “chez elle” a été acceptée à ce stade quant à son recevabilité par le panel de la Grande Chambre.

🔎 Nouveautés

  • CEDH – Cour européenne des droits de l’Homme

Seppern c. Estonie (n° 31722/22) – Contestation de l’utilisation de preuves obtenues illégalement dans une procédure pénale.

Cantemir c. Roumanie (n° 9915/19) – Absence de poursuite effective d’enquêtes après les violences de décembre 1989.

La Cour a annoncé officiellement que le texte intégral du jugement de l’affaire de Grande Chambre Kovačević c. Bosnie-Herzégovine sera publié le mercredi 1ᵉʳ octobre 2025. Information importance, puisqu’elle concerne un arrêt de Grande Chambre, sur un enjeu démocratique et constitutionnel majeur pour la Bosnie et l’Europe, avec des conséquences politiques régionales et une jurisprudence attendue sur le respect du principe d’égalité et de non-discrimination dans les systèmes électoraux fondés sur l’ethnicité.

⚖️Hrachya Harutyunyan c. Armenia (n° 15028/16) – le litige portait sur la diffamation/liberté d’expression ; la Cour note qu’un règlement à l’amiable a été conclu pour le dommage pécuniaire, puis l’affaire a été rayée de la liste.

⚖️ Sahiti c. Belgique (n° 24421/20) : l’affaire traite du retard dans la décision relative à une demande de titre de séjour pour raison médicale. La Cour examine les droits à un recours effectif et à la protection de la vie privée / la procédure.

⚖️ Jabrayilzade v. Azerbaijan (n° 18180/14) — 14 octobre 2025 : Elle illustre la jurisprudence de la Cour sur des États hors UE en matière de droits fondamentaux, ce qui peut servir de référence comparative.

⚖️ Le 4 novembre 2025 : dans l’affaire Vainik et Autres c. Estonie, la Cour a jugé qu’il y avait violation du droit au respect de la vie privée et familiale, autonomie personnelle, pour trois des requérants (interdiction totale de tabac en prison).

⚖️ Le 6 novembre 2025 : dans l’affaire B.M. c. Espagne, la Cour a constaté une violation concernant la détention d’une personne souffrant de troubles psychiques, incarnant une question sur l’arbitraire et les garanties procédurales.

⚖️ Le CEDH a aussi annoncé qu’elle avait accepté le renvoi à la Grande Chambre de l’affaire S.O. c. Espagne (3 novembre 2025) — question chirurgicale non consentie + droits procéduraux.

⚖️ Affaire Rjabinins et autres c. Lettonie (20 novembre 2025)
Objet : violation de l’article 8 de la Convention combiné à l’article 13, en lien avec des écoutes téléphoniques dans un État membre.
Importance : renforce la jurisprudence sur la protection des données personnelles et le droit à la vie privée dans l’espace européen.

⚖️ Affaire Kosmatska c. Ukraine (4 décembre 2025, n° 9953/16)

Objet : violation de l’article 1 du Protocole n° 1 (droit au respect des biens), à la suite de la dépossession d’un terrain acquis de bonne foi, initialement cédé de manière frauduleuse au détriment de l’État.

Importance : la Cour rappelle que, si la restauration de la légalité foncière relève de l’intérêt général, un État ne peut faire peser sur un acquéreur de bonne foi les conséquences de ses propres défaillances administratives. L’arrêt renforce la protection de la sécurité juridique, de la confiance légitime et encadre strictement les restitutions foncières lorsqu’elles entraînent une charge individuelle excessive.

⚖️  Affaire Tsaava et autres c. Géorgie

Objet : recours injustifié à la force et tir de balles en caoutchouc lors de dispersion d’un rassemblement devant le Parlement.

Importance : renforce la jurisprudence relative à la proportionnalité de l’usage de la force par les autorités dans le contexte de manifestations publiques.

⚖️  Affaire Intranuovo c. Italie

Objet : manquement des autorités italiennes à leur obligation d’enquêter de façon effective sur la mort d’un soldat dans une caserne.

Importance : clarifie les obligations positives des États en matière d’enquête effective lorsqu’un décès survient dans un contexte de détention ou d’encadrement étatique.

⚖️  Affaire Danilet c. Roumanie (Grande Chambre, 15 décembre 2025)

Objet : liberté d’expression (article 10 de la Convention), en particulier la portée de cette liberté pour un magistrat sanctionné pour des propos critiques publiés sur les réseaux sociaux et concernant l’État de droit et le fonctionnement du système judiciaire.

Faits : M. Danilet, magistrat roumain engagé dans la promotion des droits de l’homme, a publié en 2019 sur Facebook des commentaires dénonçant la politisation de l’administration et critiquant certains comportements au sein de la magistrature. À la suite de ces publications, il a été sanctionné disciplinarirement par une diminution de salaire (5 % pendant deux mois) pour manquement à l’obligation de réserve.

Solution : la CEDH relève qu’il y a ingérence dans la liberté d’expression, laquelle était « prévue par la loi » et poursuivait un but légitime (protection de l’autorité judiciaire et de son impartialité). Toutefois, la Cour estime que l’ingérence n’était pas nécessaire dans une société démocratique : les autorités roumaines n’ont pas démontré en quoi les propos critiqués portaient atteinte à l’impartialité ou à la bonne administration de la justice.

Jurisprudence comparable : la CEDH s’inscrit dans sa propre jurisprudence antérieure (arrêts Wille c. Liechtenstein 1999, Kudeshkina c. Russie 2009 et Baka c. Hongrie 2016) qui reconnaît que le statut de magistrat n’élimine pas la liberté d’expression, et que cette liberté bénéficie d’un niveau de protection particulièrement élevé lorsqu’elle porte sur des questions d’intérêt général ou l’État de droit.

Portée : la Grande Chambre clarifie que les magistrats peuvent participer au débat public critique, notamment sur l’État de droit et l’organisation de la justice, sans être réduits au silence par des sanctions disciplinaires insuffisamment motivées. La décision étend explicitement cette protection aux propos tenus sur les réseaux sociaux.

Pour aller plus loin : Sur Nuances, JP Blog et Libertés chéries

⚖️  Affaire Gondert c. Allemagne (CEDH, 16 décembre 2025, n° 34701/21)

Objet : violation de l’article 6 § 1 (droit à un procès équitable) de la Convention européenne des droits de l’Homme dans le cadre d’une procédure civile où les juridictions allemandes ont refusé de renvoyer une question préjudicielle à la CJUE sans fournir de motifs suffisants pour ce refus, malgré une demande explicite du requérant.

Importance : la CEDH clarifie l’obligation pour les juridictions nationales de dernier ressort de motiver leurs décisions lorsqu’elles refusent expressément de demander un renvoi préjudiciel à la CJUE. Elle rappelle que l’absence de motivation peut constituer une violation du droit à un procès équitable dans la mesure où elle prive le justiciable de garanties essentielles contre l’arbitraire et nuit au “dialogue juridictionnel” entre les ordres juridiques européens. Ce point est particulièrement pertinent dans le contexte du croisement entre le droit de l’Union et la Convention.

⚖️ Ferrieri et Bonassisa c. Italie (8 janvier 2026)

Objet : respect de la vie privée et familiale (article 8) – pouvoir des autorités fiscales d’obtenir des informations bancaires sans autorisation préalable.

Résumé : la CEDH identifie une violation de l’article 8 en raison du manque d’un contrôle juridictionnel préalable suffisant sur l’accès aux données bancaires par les services fiscaux.

⚖️  SIC – Sociedade Independente de Comunicação, S.A. c. Portugal (14 janvier 2026)

Objet : liberté d’expression (article 10) – recours en dommages et intérêts pour utilisation non autorisée d’images d’une audience.

Résumé : la Cour conclut qu’il n’y a pas de violation de l’article 10 dans l’affaire : le refus de reconnaître une violation du droit à la liberté d’expression dans l’octroi de dommages n’a pas porté atteinte injustifiée à la liberté de la presse.

Importance : apporte une précision sur la limite des indemnisations pour médias en cas d’usage non autorisé d’images d’audience, en tenant compte de l’équilibre avec d’autres droits.

Importance : souligne l’exigence d’un équilibre plus strict entre les pouvoirs des autorités et la protection des données personnelles / vie privée.

⚖️ Biliński c. Pologne (15 janvier 2026)

Objet : violation de l’article 6 § 1 (droit à un procès équitable) – absence de contrôle juridictionnel effectif concernant le transfert non consenti d’un juge entre chambres.

Résumé : la CEDH constate une violation du droit à un procès équitable en raison de l’absence d’un véritable contrôle juridictionnel interne sur une mesure affectant la situation professionnelle et les droits d’un juge.

Importance : renforce la jurisprudence sur l’indépendance judiciaire et les garanties procédurales dans les décisions administratives ou disciplinaires concernant des magistrats, en particulier lorsqu’un transfert est imposé sans possibilité de recours effectif.

⚖️  Affaire Kaya c. Belgique (CEDH, 22 janvier 2026)

Objet : impartialité et présomption d’innocence dans une affaire pénale de fraude sociale.

Résumé : la Cour constate une violation des principes d’impartialité et de présomption d’innocence en lien avec le déroulement de la procédure pénale et l’appréciation des faits par les juridictions internes.

Importance : souligne l’obligation pour les États membres de garantir des procédures pénales conformes aux standards de la Convention, notamment autour du droit à un tribunal impartial et de la présomption d’innocence.

⚖️  Affaire J.S. c. Slovaquie (CEDH, 22 janvier 2026)

Objet : analyse des violences domestiques sous l’angle de la Convention européenne des droits de l’homme (article 3).

Résumé : la CEDH constate une violation de l’article 3 (interdiction des traitements inhumains ou dégradants) en raison d’un défaut d’analyse des circonstances des violences fondées sur le genre par les autorités nationales.

Importance : renforce la jurisprudence qui exige des États membres de prendre sérieusement en compte les violences domestiques et sexistes, notamment en évaluant correctement les circonstances et le contexte des faits sous l’angle de la Convention.

⚖️  Navalnyy c. Russie [n° 4] (3 février 2026)

Objet : détention irrégulière, manquement à prendre en compte les risques pour la santé et la vie du requérant, et traitements inhumains ou dégradants.

Résumé : la Cour constate que la détention d’Alexeï Navalnyy après le 2 février 2021 a été irrégulière, que les autorités russes n’ont pas évalué les risques pour sa santé et sa vie malgré son état médical critique, et qu’il a été soumis à des formes de mauvais traitements successifs pendant sa détention, en violation de plusieurs dispositions de la Convention européenne des droits de l’homme. Cette détention prolongée s’est faite sans tenir compte d’une mesure provisoire déjà indiquée par la CEDH et ignorée par les autorités nationales.

Importance : cet arrêt réaffirme le rôle de la CEDH dans la protection des droits fondamentaux même envers des États qui ne respectent pas pleinement les décisions de la Cour. Il met en lumière l’exigence pour les autorités nationales de prendre en compte les mesures provisoires et de protéger la vie et la dignité des détenus, en particulier lorsqu’il existe des risques graves pour la santé.

⚖️  Salvador Coutinho dos Santos Amado c. Portugal (3 février 2026)

Objet : droit à un procès équitable dans un contexte d’évaluation professionnelle suivie d’une suspension temporaire de fonctions judiciaires.

Résumé : le requérant, juge portugais, avait été temporairement suspendu de ses fonctions en raison d’une évaluation professionnelle jugée “médiocre”, avec ouverture automatique d’une procédure disciplinaire. La Cour relève que les griefs portés n’étaient pas liés à la procédure disciplinaire elle-même, mais à l’évaluation professionnelle qui avait des effets concrets sur ses fonctions. Elle conclut que l’appréciation faite par les juridictions internes n’était ni arbitraire ni manifestement déraisonnable, et que les garanties de l’article 6 ont été respectées.

Importance : cet arrêt clarifie les conditions dans lesquelles une procédure d’évaluation professionnelle peut être examinée sous l’angle du droit à un procès équitable, en particulier lorsqu’elle affecte la carrière ou la fonction d’un magistrat. Il nuance l’application de l’article 6 dans des situations “hybrides” entre droit civil et disciplinaire.

⚖️  Florio et Bassignana c. Italie (5 février 2026)

Objet : droit au respect des biens (article 1 du Protocole n° 1), à propos du cumul d’une confiscation pénale et d’une condamnation indemnitaire prononcée par la Cour des comptes pour les mêmes faits.

Résumé : les requérants avaient fait l’objet, à la suite de condamnations pénales pour corruption et infractions connexes, d’une confiscation du produit ou du profit de l’infraction, puis d’une condamnation distincte à indemniser l’administration du préjudice subi. Les juridictions internes ont refusé de déduire les sommes confisquées du montant des dommages et intérêts, au motif que les deux mesures poursuivaient des finalités différentes (punitive pour la confiscation, réparatrice pour l’indemnisation).

Solution : la Cour constate une violation de l’article 1 du Protocole n° 1, estimant que l’effet combiné de la confiscation et du dédommagement a fait peser sur les requérants une charge excessive. Elle relève que les autorités nationales n’ont procédé à aucun examen concret de la proportionnalité du cumul intégral des deux mesures, alors même que la confiscation poursuivait aussi une fonction réparatrice en privant les intéressés du profit tiré de l’infraction.

Point marquant : la Cour souligne que la combinaison des deux mesures a placé les requérants dans une situation plus défavorable que celle antérieure à la commission des infractions, permettant à l’État de percevoir un montant supérieur au dommage effectivement subi. Elle reproche aux juridictions internes d’avoir ignoré la double nature (punitive et réparatrice) de la confiscation et de ne pas avoir envisagé des mesures moins contraignantes.

Importance : l’arrêt apporte une clarification importante sur les limites conventionnelles du cumul des sanctions patrimoniales. S’il n’exclut pas par principe le cumul de mesures punitives et réparatrices, il impose aux États un contrôle strict de proportionnalité et une appréciation globale de leurs effets. Il constitue une référence majeure pour les contentieux mêlant droit pénal, responsabilité financière et protection du droit de propriété.

⚖️  Medmoune c. France (5 février 2026)

Objet : droit à la vie et respect de la vie privée et familiale (articles 2 et 8 de la Convention), dans le contexte de la fin de vie et des décisions médicales prises à l’égard d’un patient incapable d’exprimer sa volonté.

Résumé : la Cour était saisie d’un recours contestant la conformité, au regard de la Convention, des décisions prises par les autorités françaises en matière de prise en charge médicale en fin de vie. Elle examine le cadre juridique et procédural français applicable (processus décisionnel médical, consultation des proches, contrôle juridictionnel) et apprécie si les autorités nationales ont respecté les exigences conventionnelles en matière de protection de la vie, d’autonomie personnelle et de garanties procédurales effectives.

Solution : la Cour constate que les autorités françaises ont manqué à certaines exigences procédurales découlant de la Convention, notamment en ce qui concerne la clarté, la cohérence ou l’effectivité du processus décisionnel entourant la décision médicale litigieuse, conduisant à un constat de violation.

Importance : cet arrêt s’inscrit dans la lignée de la jurisprudence de la CEDH relative à la fin de vie (notamment Lambert et autres c. France), tout en rappelant que, si les États disposent d’une large marge d’appréciation dans ce domaine éthique sensible, celle-ci est conditionnée au respect strict de garanties procédurales effectives, de la prise en compte de la volonté du patient et d’un contrôle juridictionnel réel. L’arrêt illustre la vigilance de la Cour quant à la qualité du processus décisionnel, plus encore qu’au choix substantiel opéré par l’État, même s’il finit par « relativiser » les droits du patient.

⚖️  Morawiec c. Pologne (5 février 2026)

Objet : droits des magistrats et liberté d’expression (articles 6 § 1 et 10 de la Convention), à la suite de la suspension d’une juge ayant publiquement critiqué les réformes gouvernementales du système judiciaire.

Résumé : la Cour examine la suspension disciplinaire d’une juge polonaise ayant exprimé des critiques à l’égard des réformes affectant l’indépendance de la justice. Elle constate que la mesure litigieuse ne reposait pas sur des motifs disciplinaires légitimes liés à l’exercice des fonctions juridictionnelles, mais visait essentiellement à sanctionner et neutraliser une prise de parole critique sur des questions d’intérêt général touchant à l’État de droit.

Solution : la Cour conclut à une violation de la Convention, estimant que la suspension de la requérante constituait une ingérence injustifiée dans sa liberté d’expression et portait atteinte aux garanties d’indépendance judiciaire.

Point marquant : la CEDH relève expressément que la mesure disciplinaire poursuivait un objectif d’« intimidation » à l’égard de la juge concernée et était de nature à produire un « effet dissuasif » non seulement sur elle, mais sur l’ensemble du corps judiciaire, en décourageant toute critique publique des réformes institutionnelles.

Importance : l’arrêt s’inscrit dans la jurisprudence constante de la CEDH relative à la protection de l’indépendance des juges et à la liberté d’expression des magistrats lorsqu’ils interviennent dans le débat public sur l’État de droit. Il rappelle que les procédures disciplinaires ne peuvent être instrumentalisées pour réduire au silence des juges critiques, au risque de porter atteinte au pluralisme judiciaire et à la confiance dans la justice.

⚖️  Erol Aksoy c. Turquie (10 février 2026)

Objet : exécution de décisions juridictionnelles internes et respect du droit à un procès équitable (article 6 § 1 de la Convention).

Résumé : dans cette affaire, la Cour de Strasbourg a été saisie d’un litige portant sur la non-exécution de jugements rendus par la Cour administrative suprême (Danıştay) annulant des décisions administratives concernant l’évaluation et la vente d’une chaîne de télévision. Les requérants soutenaient que l’État turc avait violé leur droit à un procès équitable en ne respectant pas les jugements internes favorables. La Cour constate que la Turquie n’a pas assuré l’exécution effective des décisions juridictionnelles internes annulant les actes administratifs contestés, ce qui a privé les requérants de la protection juridictionnelle effective qu’ils étaient en droit d’attendre.

Importance : cet arrêt confirme – à la lumière d’une jurisprudence constante – l’exigence du respect effectif des décisions de justice nationales dans un État partie à la Convention – pas seulement leur prononcé formel, mais leur exécution réelle en droit et en fait. Il souligne que le droit à un procès équitable, garanti par l’article 6 § 1 de la CESDH, implique non seulement l’accès à un tribunal indépendant et impartial, mais également le caractère effectif et exécutif des décisions rendues.

J.S. c. Slovaquie – violation de l’article 3 (violences domestiques, manque d’analyse contextuelle).

R.M. c. France – conditions matérielles de détention et ouverture de correspondance.

Magherini et autres c. Italie – mort en détention (violations de l’article 2 – obligation d’enquête).

Z et autres c. Finlande – retour d’enfants en Russie et droit au respect de la vie familiale.

Emre c. Turquie – refus de transfert pénitentiaire pour rapprochement familial.

H.H. c. Finlande – internement psychiatrique sans audience orale et médicaments administrés sans consentement.

Macovei c. Roumanie (req. n° 58004/17) – affaire qui concerne des allégations de violation de l’article 6 (droit à un procès équitable) et de l’article 7 (pas de peine sans loi) dans le cadre de sanctions électorales nationales.

⚖️  Avis consultatif – Protocole n°16 (P16-2025-001) du 5 mars 2026

Objet : l’interprétation de la Convention dans un litige interne concernant le droit d’une ancienne religieuse à résider dans un monastère, dans un conflit entre celle-ci et une communauté religieuse, affaire pendante devant la Cour suprême ukrainienne.

Résumé : la Cour suprême d’Ukraine a saisi la CEDH pour obtenir des orientations sur les droits conventionnels applicables à un conflit interne à une communauté religieuse portant sur le droit d’une ancienne membre de l’ordre de continuer à résider dans un couvent. L’avis examine notamment les implications des droits garantis par la Convention dans ce type de litige (autonomie des organisations religieuses, droits individuels des personnes concernées et rôle des juridictions nationales).

Importance : l’avis confirme la montée en puissance de la procédure consultative du Protocole n°16, qui renforce le dialogue entre la CEDH et les juridictions nationales ; clarifie l’articulation entre autonomie des communautés religieuses et protection des droits individuels ; et il illustre le rôle de la CEDH comme juridiction d’interprétation préventive, avant même qu’une violation soit alléguée.

⚖️  Sekour c. France – 12 mars 2026 (req. n° 52496/19)

Objet : isolement carcéral et interdiction des traitements inhumains ou dégradants (article 3), ainsi que droit à un recours effectif (article 13).

Résumé : l’affaire concerne le placement à l’isolement prolongé d’un détenu et les décisions successives de maintien de cette mesure. La Cour examine à la fois les conditions matérielles de l’isolement et les garanties procédurales offertes par le droit français. Elle reconnaît que les recours internes (recours pour excès de pouvoir, référé-suspension, référé-liberté) constituent en principe des voies de recours effectives. Elle précise toutefois que, pour apprécier la gravité de la situation, il convient de tenir compte de la durée globale de l’isolement, y compris au-delà du strict périmètre du litige. En l’espèce, la Cour relève que le requérant a bénéficié de garanties procédurales substantielles, d’un suivi médical et d’un contrôle juridictionnel effectif, et juge que les conditions de son isolement n’atteignaient pas le seuil de gravité requis pour caractériser un traitement contraire à l’article 3.

Solution : Non-violation de l’article 3 (conditions d’isolement) et non-violation de l’article 13 (recours effectif)

Importance : un arrêt important sur le régime juridique de l’isolement carcéral en France ; la reconnaissance explicite de l’effectivité des recours administratifs français en la matière ; la clarification méthodologique : la Cour adopte une approche globale et cumulative de la durée de l’isolement pour apprécier le seuil de gravité ; il confirme une ligne jurisprudentielle nuancée : l’isolement prolongé n’est pas en soi contraire à la Convention, à condition d’être entouré de garanties procédurales et médicales suffisantes.

⚖️  Sungur c. Turquie (req. n° 56462/19) – 17 mars 2026

À propos des violences policières : l’insuffisance des sanctions (pénales et disciplinaires) visant un policier pourtant reconnu coupable de violences illégitimes viole la CEDH (art. 3).

⚖️  B.G. c. France (req. n° 70945/17) – 19 mars 2026

Objet : droit à un procès équitable et présomption d’innocence (article 6 §§ 1 et 2).

Résumé : l’affaire porte sur une procédure pénale dans laquelle le requérant dénonçait une atteinte à ses droits procéduraux, en particulier au regard de la présomption d’innocence et du déroulement équitable du procès. La Cour analyse les déclarations et décisions des juridictions nationales ainsi que la manière dont celles-ci ont traité la situation du requérant au cours de la procédure. Elle identifie des défaillances susceptibles d’avoir porté atteinte aux garanties conventionnelles.

Importance : confirmation du contrôle strict de la CEDH sur le respect de la présomption d’innocence ; rappel que des formulations ou raisonnements juridictionnels peuvent, à eux seuls, porter atteinte à l’article 6 ; intérêt pratique pour les contentieux pénaux français ; nouvelle condamnation par la Cour de la mauvaise appréciation du consentement par les autorités judiciaires françaises dans le cadre d’affaires de « violence sexuelle ». En effet, lors de l’année 2025, la France a été condamnée plusieurs fois pour carences dans l’évaluation du consentement des victimes de violences sexuelles.

⚖️  M.A. c. France (req. n° 34324/24) – 19 mars 2026

Objet : protection de l’intérêt supérieur de l’enfant et garanties dans le cadre d’une mesure d’éloignement.

Résumé : la Cour examine la situation d’une requérante (une jeune fille) exposée à un risque grave en cas de renvoi vers son père dans son pays d’origine (Tunisie). Elle s’attache à apprécier si les autorités françaises ont procédé à une évaluation suffisamment rigoureuse et individualisée des risques encourus, notamment au regard des éléments produits par l’intéressé et du contexte général du pays de destination, mais aussi du consentement de l’enfant. La Cour européenne met en évidence des insuffisances dans l’examen du dossier et dans la prise en compte des risques allégués violant ainsi l’intérêt supérieur de l’enfant.

Importance : rappel des exigences élevées en matière de non-refoulement ; contrôle approfondi de l’appréciation des risques par les autorités nationales ; arrêt important pour le contentieux français des étrangers et la protection des droits des enfants ; et la jeune fille n’a pas été renvoyée grâce à une mesure provisoire  indiquée par la Cour pour figer la situation le temps de se prononcer.

⚖️  D.M. c. Suède (req. n° 32694/23) – 26 mars 2026

Objet : expulsion d’un ressortissant étranger et risque de traitements contraires à l’article 3.

Résumé : la CEDH examine la décision d’expulsion d’un ressortissant afghan et la manière dont les autorités ont évalué le risque de mauvais traitements en cas de retour. Elle insiste sur la nécessité d’une appréciation individualisée et actualisée du risque.

Importance : arrêt important en matière de non-refoulement ; rappel du standard élevé de contrôle du risque ; impact direct sur le contentieux de l’asile.

⚖️  Makki c. Danemark (req. n° 10297/23) – 31 mars 2026

Objet : traitements inhumains ou dégradants en milieu psychiatrique.

Résumé : la Cour examine le recours à une mesure de contention sur un patient interné d’office, atteint de troubles psychiatriques. Elle analyse la proportionnalité de la mesure, sa durée et les garanties médicales entourant son utilisation.

Importance : encadrement renforcé des mesures coercitives en psychiatrie ; articulation entre sécurité médicale et dignité humaine ; prolongement de la jurisprudence sur les soins psychiatriques sans consentement.

⚖️  X. c. Géorgie (req. n° 35640/22) – 31 mars 2026

Objet : obligations positives de l’État en matière d’enquête pénale (articles 3 et 8).

Résumé : l’affaire concerne des accusations d’abus sexuels sur une enfant et l’ineffectivité de l’enquête menée par les autorités. La Cour constate que les autorités n’ont pas conduit une enquête suffisamment approfondie, diligente et adaptée à la vulnérabilité de la victime, compromettant la manifestation de la vérité.

Importance : renforcement des obligations procédurales en matière de protection des mineurs ; rappel du standard élevé d’enquête en cas de violences sexuelles ; arrêt important dans la continuité de la jurisprudence sur l’effectivité des enquêtes pénales.

⚖️  Ukrayinskyy et autres c. Ukraine (req. n° 48751/19) – 2 avril 2026

Objet : isolement carcéral et protection contre les traitements inhumains ou dégradants , ainsi que garanties liées t à la dignité des détenus (article 8).

Résumé : Les requérants sont 42 ressortissants ukrainiens. Ils furent détenus dans la colonie pénitentiaire n°26 de Zhovti Vody, dans la région de Dnipropetrovsk (Ukraine), jusqu’en 2020, date à laquelle ils furent transférés ailleurs, car le ministère de la Justice avait décidé de fermer la prison. Le contact a été perdu avec trente-sept de ces requérants.

L’affaire concerne leurs griefs relatifs à de mauvaises conditions de détention dans la prison de Zhovti Vody. Les requérants avaient déposé leurs plaintes auprès des autorités après une visite de contrôle effectuée par l’ONG Groupe de protection des droits de l’homme de Kharkiv. Par la suite, cette ONG publia un rapport dans lequel elle indiquait que les conditions de détention régnant dans cet établissement étaient très délétères pour la santé des détenus.

Invoquant en particulier les articles 3 (interdiction des traitements inhumains ou dégradants) et 13 (droit à un recours effectif) de la Convention européenne, les requérants se plaignent de cellules humides, moisies et sales, infestées de rongeurs et d’insectes ; d’une absence d’eau chaude et d’un accès limité à l’eau froide ; d’un manque d’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux articles de toilette et aux vêtements ; d’installations sanitaires en mauvais état, les toilettes n’assurant pas l’intimité selon leurs dires ; d’installations de buanderie insuffisantes ; et d’une nourriture de mauvaise qualité, servie dans des conditions insalubres.

Enfin, ils allèguent que les autorités pénitentiaires ont tenté de les pousser à retirer leurs requêtes. Ils y voient une violation de l’article 34 (droit de recours individuel).

Solution : La Cour conclut à la violation de l’article 34 concernant les requêtes nos 1 à 40, à la non-violation de l’article 34 concernant les requêtes nos 41 et 42 et à la violation des articles 3 et 13 en raison des conditions de détention inadéquates pendant les périodes indiquées dans le tableau joint à l’arrêt et de l’absence de tout recours effectif en droit interne.

⚖️  M.V. et autres c. Belgique (req. n° 52836/22 et autres) – 9 avril 2026

Objet : droit d’asile, conditions d’accueil des demandeurs de protection internationale et droit de recours individuel (articles 3 et 34 de la Convention).

Résumé : l’affaire concerne des demandeurs d’asile confrontés à des défaillances du système d’accueil en Belgique, notamment l’absence de prise en charge matérielle adéquate. La Cour examine si ces conditions ont atteint le seuil de gravité requis pour constituer un traitement contraire à l’article 3. Elle relève également que les autorités belges ont tardé à exécuter des mesures provisoires indiquées par la Cour afin de protéger les requérants. Cette inertie a compromis l’effectivité de la protection conventionnelle. La demande de protection internationale de certains requérants était d’ailleurs encore pendante à la fin de l’année 2024, illustrant la durée excessive et les lacunes du dispositif.

Solution : Violation de l’article 3, de l’article 6§1 et de l’article 34.

Point marquant : la Cour insiste sur le fait que le délai d’exécution des mesures provisoires n’était pas raisonnable, ce qui a directement affecté la situation des requérants et la crédibilité du mécanisme de protection.

Importance : arrêt majeur sur les défaillances structurelles des systèmes d’accueil des demandeurs d’asile en Europe ; rappel fort de l’obligation pour les États de respecter immédiatement les mesures provisoires (article 39) ;
articulation intéressante entre conditions matérielles d’accueil (article 3) et effectivité du droit de recours (article 34) ; décision à fort impact pratique pour les politiques nationales d’asile, notamment en Belgique mais aussi dans d’autres États confrontés à une saturation des dispositifs.

⚖️  Novák c. République tchèque  (req. n° 6656/24) – 9 avril 2026

Objet : droit au respect de la vie privée et familiale (article 8), dans un litige relatif à la garde d’enfants et au déménagement d’un parent.

Résumé : l’affaire concerne un conflit parental à la suite d’une séparation, dans lequel la mère avait déménagé avec les enfants à une distance importante, rendant difficile l’exercice du droit de visite du père. Les juridictions nationales ont finalement attribué la garde principale à la mère, en tenant compte de la stabilisation de la situation des enfants dans leur nouvel environnement.

La CEDH relève toutefois que les autorités internes n’ont pas procédé à une mise en balance suffisamment rigoureuse des intérêts en présence, en particulier : elles n’ont pas pris en compte de manière adéquate l’implication du père dans la vie de ses enfants ; elles ont entériné une situation créée de fait par le déménagement unilatéral ; elles ont manqué à l’exigence de traiter l’affaire avec célérité, élément crucial dans les litiges familiaux impliquant des enfants.

Solution : Violation de l’article 8 (absence de juste équilibre entre les intérêts en présence).

Point marquant : la Cour critique explicitement le fait que les juridictions nationales aient, en pratique, légitimé un fait accompli (le déménagement), sans en contrôler suffisamment les effets sur les droits parentaux et l’intérêt des enfants.

Importance : arrêt important en matière de droit de la famille et de garde d’enfants ; rappel du rôle central de la célérité dans les procédures familiales ; exigence d’un contrôle effectif des situations de déplacement unilatéral d’enfants ; arrêt qui s’inscrit dans la jurisprudence constante sur la nécessité d’un équilibre réel entre stabilité de l’enfant et maintien des liens familiaux.

⚖️  F.B. et autres c. Pays-Bas (req. n° 28157/18) – 21 avril 2026

Objet : peines perpétuelles et droit à l’espoir (article 3).

Résumé : la Cour examine le système néerlandais de réexamen des peines de réclusion à perpétuité, permettant aux condamnés de solliciter une réévaluation de leur situation après un certain délai. Elle constate que ce mécanisme offre des perspectives réalistes de libération, notamment grâce à un processus structuré, individualisé et fondé sur l’évolution du détenu.

Solution : Non-violation de l’article 3 de la CESDH.

Importance : confirmation de la compatibilité du modèle néerlandais avec le “droit à l’espoir” ; précision des exigences conventionnelles en matière de réexamen des peines perpétuelles ; arrêt de référence dans la lignée de Vinter, Murray, etc.

⚖️ Y.F.C. et autres c. Pays-Bas (req. n° 21325/19) – 21 avril 2026

Objet : conditions de détention de migrants et traitements inhumains ou dégradants (article 3), ainsi que garanties procédurales.

Résumé : l’affaire concerne des ressortissants vénézuéliens détenus à Curaçao dans le cadre de procédures migratoires. La Cour constate des défaillances dans les conditions matérielles de détention et dans le traitement des requérants, notamment en lien avec leur vulnérabilité. Elle accueille certains griefs tout en écartant d’autres.

Solution : Violation partielle de la Convention (violation et non-violation de l’article 3, violation de l’article 5 § 4).

Importance : arrêt important sur la gestion migratoire dans les territoires ultramarins ; reconnaissance de la vulnérabilité particulière des migrants détenus ; illustration du contrôle concret et nuancé de la Cour.

⚖️ Nederlandse Omroep Stichting et autres c. Pays-Bas (req. n° 20066/18) – 21 avril 2026

Objet : liberté d’expression et accès à l’information (article 10).

Résumé : des médias contestaient le refus du gouvernement néerlandais de divulguer des documents relatifs à la gestion de la catastrophe du vol MH17. La Cour considère que ce refus poursuivait des objectifs légitimes (sécurité nationale, relations internationales) et reposait sur une mise en balance adéquate des intérêts en présence.

Solution : Non-violation de l’article 10 de la CESDH.

Importance : précision importante sur les limites du droit d’accès à l’information ; reconnaissance de la marge d’appréciation des États en matière sensible ; arrêt intéressant pour les relations entre transparence et raison d’État.

⚖️ CEDH, ch., 28 avril 2026, Kanev et Bulgarian Helsinki Committee c. Bulgarie, n° 45864/22

Renseignement et données personnelles : la CEDH exige des garanties effectives contre l’opacité des services de sécurité. Dans cet arrêt, la Cour sanctionne l’insuffisance des garanties entourant le traitement de données par les services de renseignement. L’arrêt intéresse directement la protection de la vie privée face aux fichiers de sécurité nationale : l’État ne peut se retrancher derrière le secret sans prévoir un cadre suffisamment clair, prévisible et contrôlable. La décision confirme l’importance de garanties procédurales effectives, spécialement lorsque sont en cause des acteurs de la société civile.

⚖️ CEDH, ch., 30 avril 2026, Benladghem c. Belgique, n° 5414/22

Usage létal de la force : la CEDH admet la nécessité absolue de tirs policiers lors d’une arrestation dangereuse. Ici, la Cour conclut à l’absence de violation du droit à la vie. Elle estime que les policiers pouvaient sincèrement croire leur vie menacée lorsque la personne visée par l’arrestation s’est saisie de son arme et l’a pointée vers l’un d’eux. L’arrêt illustre la marge d’appréciation de la Cour dans les opérations policières à haut risque, tout en rappelant que le critère demeure celui de l’usage de la force « absolument nécessaire ».

⚖️ CEDH, gr. ch., 5 mai 2026, Yasak c. Türkiye, n° 17389/20

Terrorisme et légalité pénale : la Grande Chambre rappelle l’exigence d’une responsabilité pénale individualisée. Dans cet arrêt, la CEDH condamne la Turquie pour violation des articles 7 et 3 de la Convention. La Cour estime que les juridictions internes n’ont pas suffisamment démontré que le requérant avait eu conscience de la nature terroriste de l’organisation en cause, ni caractérisé son intention d’y participer. L’arrêt est important en ce qu’il refuse toute logique de culpabilité par association et impose, même dans un contexte post-coup d’État, une appréciation concrète et individualisée de la responsabilité pénale. La Cour sanctionne également les conditions de détention du requérant, marquées par une surpopulation durable et de graves insuffisances matérielles.

⚖️ CEDH, ch., 7 mai 2026, Batou c. Suisse, n° 30781/22

Liberté de réunion : la CEDH protège l’organisateur d’une manifestation pacifique contre une responsabilité excessive. Dans cet arrêt, la Cour juge contraire à l’article 11 la condamnation d’une organisatrice de manifestation au motif que le service d’ordre mis en place aurait été insuffisant. L’arrêt rappelle que les organisateurs d’un rassemblement ne sauraient être pénalement sanctionnés du seul fait d’avoir été dépassés par certains comportements non violents de participants, surtout lorsque la manifestation n’a provoqué ni danger grave ni trouble significatif. La décision est notable par son attention à l’« effet dissuasif » que peut produire une sanction, même modeste, sur l’exercice concret de la liberté de réunion.

⚖️ CEDH, ch., 7 mai 2026, Şener c. Pologne, n° 53371/18

Expulsion et sécurité nationale : l’invocation du secret ne dispense pas l’État de garanties procédurales. Dans cet arrêt, la CEDH condamne la Pologne pour l’expulsion d’un ressortissant turc durablement installé sur son territoire, en raison d’une inscription au registre des étrangers indésirables fondée sur la sécurité nationale. La Cour reproche aux autorités de ne pas avoir suffisamment informé l’intéressé des raisons de la mesure, rendant illusoire sa contestation. L’arrêt s’inscrit dans une ligne jurisprudentielle exigeante : la sécurité nationale peut justifier certaines restrictions, mais non l’effacement des garanties minimales du contradictoire et du contrôle juridictionnel.

⚖️ CEDH, 12 mai 2026, Asen Asenov c. Bulgarie, n° 38741/19

Discours anti-Roms : obligation positive de protection contre la discrimination. La Cour poursuit sa construction d’une protection conventionnelle contre les discours collectivement stigmatisants. Dans cet arrêt, elle juge que les autorités nationales ne peuvent se borner à traiter les propos anti-Roms comme un simple discours politique ordinaire : lorsque de tels propos portent atteinte à la dignité et à l’identité sociale d’un groupe minoritaire, l’État doit offrir une protection juridictionnelle effective. L’arrêt confirme l’articulation désormais structurante entre l’article 8 et l’article 14 de la Convention.

⚖️ CEDH, 12 mai 2026, Budinova et Isaev c. Bulgarie, n° 60342/19

Discours politique, antitsiganisme et mise en balance entre article 8, article 10 et article 14. Dans l’arrêt, la Cour rappelle que la liberté d’expression politique ne saurait neutraliser toute protection contre les discours discriminatoires. Les juridictions internes doivent rechercher si les propos litigieux contribuent à un débat d’intérêt général ou s’ils participent, au contraire, à la consolidation de stéréotypes hostiles à l’égard d’une minorité. L’arrêt prolonge la jurisprudence relative aux obligations positives des États face aux discours de haine, en particulier lorsqu’ils émanent d’acteurs politiques.

⚖️ CEDH, 12 mai 2026, Trade Union of Social Sector Workers and Others c. Hongrie, n° 33144/21

Droit de grève : les lenteurs procédurales peuvent vider la liberté syndicale de sa substance. La Cour rappelle que la liberté syndicale ne se réduit pas à une reconnaissance abstraite du droit de grève. Lorsque les procédures destinées à encadrer son exercice se prolongent au point de rendre impossible l’action collective envisagée, l’atteinte devient substantielle. L’arrêt est intéressant en ce qu’il saisit la temporalité procédurale comme un facteur d’effectivité : un droit exercé trop tard peut être un droit neutralisé.

⚖️ CEDH, 12 mai 2026, Eisenauer et autres c. France, n° 47090/22 et autres

DALO : non-exécution prolongée des décisions de relogement, mais absence de violation de l’article 6. Dans cet arrêt, la Cour adopte une position nuancée, mais discutable, sur l’effectivité du droit au logement opposable. Elle reconnaît que les délais d’exécution des décisions de relogement étaient déraisonnables, tout en refusant de constater une violation de l’article 6 § 1. L’arrêt est important parce qu’il semble aménager l’exigence classique d’exécution des décisions de justice lorsqu’elle se heurte à des contraintes structurelles de politique sociale. Il ouvre ainsi une tension sensible entre l’effectivité juridictionnelle du DALO et la marge d’appréciation reconnue à l’État en matière de logement.

Renvoi en Grande Chambre : Z et autres c. Finlande

Le 11 mai 2026, la CEDH a accepté le renvoi devant la Grande Chambre de l’affaire Z et autres c. Finlande. Elle concerne la décision des juridictions finlandaises d’ordonner le retour en Russie de deux enfants ayant obtenu l’asile en Finlande, dans le cadre de la Convention de La Haye sur l’enlèvement international d’enfants. C’est à suivre de très près : l’affaire croise protection internationale, intérêt supérieur de l’enfant et coopération internationale en matière familiale.

Avis consultatifs acceptés

Deux demandes d’avis consultatif ont aussi été acceptées le 12 mai 2026 : l’une émanant de la Cour suprême slovène sur les droits des propriétaires affectés par la construction de routes nationales sans expropriation préalable ; l’autre de la Cour constitutionnelle luxembourgeoise sur l’obligation faite aux avocats poursuivis disciplinairement de comparaître en personne et l’impossibilité d’obtenir une nouvelle audience après une décision rendue par défaut.

⚖️ CEDH, ch., 19 mai 2026, Miladze c. Géorgie, n° 41585/23

Liberté d’expression en ligne : pas de protection conventionnelle pour l’injure personnelle hostile sur TikTok. Dans Miladze c. Géorgie, la CEDH affine sa jurisprudence sur l’expression politique en ligne. Elle admet qu’une sanction modérée puisse être infligée lorsque le propos, bien que dirigé contre des responsables publics, bascule dans l’injure personnelle gratuite, sans contribution réelle au débat d’intérêt général. L’arrêt mérite d’être signalé pour son attention au contexte numérique : viralité, algorithmes, accessibilité aux mineurs et tonalité du discours deviennent des éléments pertinents dans la mise en balance opérée au titre de l’article 10. 

⚖️ CEDH, ch., 21 mai 2026, Sobczyńska et autres c. Pologne, nos 62765/14, 62769/14 et 62772/14

Nomination des juges : refus présidentiel non motivé et absence de contrôle juridictionnel. La CEDH rappelle, dans Sobczyńska et autres c. Pologne, que l’accès aux fonctions judiciaires ne peut être abandonné à une décision discrétionnaire pure, dépourvue de motifs et soustraite à tout contrôle. Sans consacrer un « droit à devenir juge », la Cour protège le droit des candidats à une procédure équitable lorsque le droit interne organise un mécanisme de sélection et crée une attente raisonnable d’examen objectif. L’arrêt s’inscrit dans la ligne des décisions relatives à l’État de droit judiciaire en Pologne, mais sous un angle particulier : celui de la transparence de la nomination et de la protection contre l’arbitraire présidentiel.

⚖️ CEDH, déc., 21 mai 2026, Mouelhi c. Belgique, n° 37336/23 (commenté sur ce blog).

Mesures provisoires, accueil des demandeurs d’asile et abus du droit de recours. Dans Mouelhi c. Belgique, la CEDH rappelle que l’urgence à la protection conventionnelle ne saurait être construite sur une présentation inexacte des faits. La décision est notable en ce qu’elle relie l’abus du droit de recours à la bonne administration de la justice européenne : dans un contexte d’afflux massif de demandes provisoires, la loyauté procédurale devient une condition de préservation de la fonction juridictionnelle de la Cour.

⚖️ CEDH, ch., 26 mai 2026, J.B. c. Grèce, n° 54796/16

Asile, accord UE-Turquie et conditions de détention. Dans cet arrêt, la CEDH valide, dans les circonstances de l’espèce, l’examen opéré par les autorités grecques dans le cadre de la déclaration UE-Turquie. L’arrêt est notable parce qu’il reconnaît qu’un mécanisme structuré de coopération entre États peut être pris en compte dans l’appréciation du risque de refoulement, dès lors qu’il s’accompagne de garanties vérifiables et d’un contrôle effectif. Mais la Cour rappelle simultanément que cette validation procédurale ne neutralise pas les exigences matérielles de l’article 3 : les conditions de détention au commissariat de Mytilène étaient, elles, incompatibles avec la Convention.

⚖️ CEDH, ch., 26 mai 2026, Mavrakis et autres c. Turquie, nos 12549/23, 71/24 et 2023/24

Minorité grecque orthodoxe, liberté d’association et liberté de religion. La CEDH condamne la Turquie pour avoir exclu des prêtres grecs orthodoxes de la gouvernance de fondations communautaires. L’intérêt de l’arrêt tient à l’articulation entre liberté d’association et autonomie religieuse : l’organisation interne d’une communauté religieuse ne peut être indûment amputée par une interdiction générale visant les membres du clergé. La Cour protège ainsi, par l’article 11 éclairé par l’article 9, la capacité d’une minorité religieuse à participer à l’administration de ses propres institutions.

⚖️ CEDH, ch., 26 mai 2026, Samet Kaya c. Turquie, n° 42109/22

Carrière judiciaire, accès au juge et décision du Conseil des juges et procureurs. L’arrêt s’inscrit dans la jurisprudence relative à l’accès au juge pour les décisions affectant les carrières judiciaires. La CEDH rappelle que l’intervention d’un conseil supérieur de la magistrature ne suffit pas, en elle-même, à satisfaire les exigences conventionnelles si la décision échappe à tout contrôle juridictionnel effectif. L’arrêt peut être rapproché des affaires récentes concernant l’État de droit judiciaire, même s’il porte ici sur une décision fondée sur l’aptitude médicale plutôt que sur un contexte disciplinaire ou politique.

⚖️ CEDH, ch., 28 mai 2026, Tožičková c. République tchèque, n° 21512/23

Journalisme, manifestation environnementale et liberté d’expression. La CEDH rappelle que le maintien de l’ordre lors d’une manifestation ne saurait conduire à neutraliser indistinctement le travail journalistique. Dans cet arrêt, elle juge disproportionnée l’arrestation d’une journaliste couvrant une manifestation environnementale dans une mine de charbon. L’arrêt est important en ce qu’il articule liberté d’expression, droit d’informer sur les mobilisations environnementales et contrôle de la police des manifestations. Il impose aux autorités une appréciation concrète : le refus d’obtempérer à un ordre policier ne suffit pas, à lui seul, à justifier une arrestation lorsque celle-ci empêche la collecte et la diffusion d’informations d’intérêt général.

⚖️ CEDH, ch., 28 mai 2026, Petrignani et autres c. Italie, nos 26187/14, 24511/21 et 31161/22.

Confiscation, légalité des peines et protection des biens. Dans cet arrêt, la CEDH encadre les confiscations fondées sur une responsabilité collective ou conjointe. L’arrêt rappelle que les mesures patrimoniales à finalité punitive doivent reposer sur une base légale suffisamment prévisible et demeurer proportionnées. Il est utile pour cette raison : même lorsque la confiscation poursuit un objectif légitime de lutte contre la criminalité économique, elle ne peut faire disparaître les exigences de légalité et d’individualisation.

⚖️ CEDH, 29 mai 2026, communication des affaires Y c. Italie et Z c. Italie.

Italie, CPI et obligations procédurales : la CEDH communique deux requêtes relatives au renvoi en Libye d’Osama Elmasry Njeem. L’affaire est à surveiller car elle pourrait conduire la Cour à préciser les obligations conventionnelles pesant sur un État partie lorsqu’il est confronté à un mandat d’arrêt international visant une personne soupçonnée de crimes contre l’humanité. 

⚖️ CEDH, 2 juin 2026, Serbian-Chinese Friendship Society FDH c. Serbie, n° 54936/20

Liberté de réunion : interdiction de manifestations contre la persécution du Falun Gong pendant une visite officielle chinoise. La Cour de Strasbourg rappelle que l’hypothèse de contre-manifestations ou de tensions diplomatiques ne peut suffire, à elle seule, à justifier l’interdiction d’un rassemblement pacifique. L’arrêt protège la liberté de réunion dans un contexte sensible, où l’ordre public est invoqué à l’occasion d’une visite officielle étrangère.

⚖️ CEDH, 4 juin 2026, Albertani c. Italie, n° 15994/20, et Andrea Ciotta c. Italie, n° 368/21

Détention de personnes souffrant de troubles psychiatriques : prison, soins adaptés et légalité de la privation de liberté. La Cour de Strasbourg sanctionne à nouveau l’inadéquation de la prison pour des personnes dont l’état psychiatrique exige une prise en charge spécialisée. Ces arrêts rappellent que la réforme des structures psychiatriques judiciaires ne peut conduire à maintenir des personnes malades dans des établissements pénitentiaires inadaptés, sans soins effectifs ni recours utile. Ils intéressent à la fois l’article 3, la légalité de la détention et l’effectivité des mesures provisoires.

  •  CJUE – Cour de justice de l’Union européenne

⚖️ 01/10 (A) : Gestion des marchés de l’électricité (T-600/23, T-612/23)

⚖️ 02/10 (A) : Marché du gaz – méthodes de calcul & tarifs indexés (C-369/24)

⚖️02/10 (C) : Agriculture – régimes de soutien direct & responsabilité de l’État (C-163/24)

Arrêt de la Cour de justice, aff. C-368/24 (Commission c. Grèce) : la Grèce est condamnée à payer des pénalités financières pour manquement à ses obligations liées à un arrêt antérieur de la Cour.

La Slovaquie a adopté ces derniers jours une modification constitutionnelle affirmant la primauté de l’“identité nationale” sur le droit de l’Union dans certains domaines (famille, genre, éducation). Des ONG et la Commission de Venise alertent sur les risques pour les droits LGBT+, la liberté d’association et l’égalité.

⚖️ 16/10 : Felicísima c. Iberia Líneas Aéreas de España SA Operadora Unipersonal (aff. C‑218/24) : Statut juridique de l’animal : La Cour de justice a déclaré que les animaux de compagnie sont, au sens du droit européen de la responsabilité, des « bagages », puisqu’ils s ne peuvent relever de la catégorie juridique des « passagers ». En effet, les animaux n’étant pas des « personnes ».

⚖️ Arrêt dans l’affaire C‑399/24 AirHelp Germany (16 octobre 2025) — transport aérien : un orage au sol (« lightning strike ») peut constituer une circonstance extraordinaire exonératoire pour la compagnie aérienne.

⚖️ Arrêt dans l’affaire C‑469/24 Tuleka (23 octobre 2025) — marché intérieur/ voyages à forfait : lorsqu’un contrat de voyage est mal exécuté, le voyageur peut avoir droit à un remboursement intégral même si certaines prestations ont été fournies.

⚖️ Affaire C-499/23 – Commission c. Hongrie (13 novembre 2025)
Objet : exportation de matières premières et matériaux de construction – la procédure mise en œuvre par la Hongrie est contraire au droit de l’Union.
Importance : met en lumière l’application du principe de libre circulation des marchandises et la conformité nationale avec les règles de l’UE.

⚖️ Affaire C-525/23 – Oti (13 novembre 2025)
Objet : autorisation de séjour dans l’Union pour service volontaire – un État-membre ne peut pas imposer des conditions supplémentaires que celles prévues par la directive.
Importance : assure la cohérence du droit de l’UE sur la libre circulation et les droits liés au séjour pour activités de service volontaire.

⚖️  Affaire C-57/23 – Policejní prezidium (20 novembre 2025)
Objet : conservation des données biométriques et génétiques par la police d’un État membre lorsqu’une personne est poursuivie ou soupçonnée.
Importance : clarification de la compatibilité des lois nationales de police avec le droit de l’Union en matière de protection des données et liberté fondamentale.

⚖️  Affaire C-492/23 Russmedia Digital et Inform Media Press (2 décembre 2025) — arrêt important relatif à la protection des données personnelles : l’exploitant d’un site de marché en ligne (marketplace) est responsable du traitement des données personnelles contenues dans les annonces publiées par les utilisateurs. Cela renforce l’obligation des plateformes en ligne vis-à-vis des données personnelles.
Cour de Justice de l’Union Européenne

⚖️ Affaire C-34/24 Stichting Right to Consumer Justice et Stichting App Stores Claims (2 décembre 2025) — un arrêt intéressant dans le champ de la “liberté, sécurité et justice” : les juridictions néerlandaises sont compétentes pour connaître d’une action représentative (class action) visant un comportement anticoncurrentiel d’un opérateur de plateforme (ici : l’App Store d’Apple) pour le marché des Pays-Bas. Cet arrêt pourrait renforcer l’accès collectif à la justice pour les consommateurs dans l’UE.

⚖️ Affaire C-580/23 et C-795/23 “Mio e.a.” (4 décembre 2025) — la CJUE a statué que la protection par le droit d’auteur d’« objets utilitaires » (utilities) doit répondre aux mêmes exigences que pour les autres objets. Autrement dit, les formes utilitaires ne sont pas automatiquement exclues de la protection par le droit d’auteur.

⚖️  C-485/24 “Locatrans” (11 décembre 2025

Objet : Détermination de la loi applicable pour les travailleurs exerçant dans plusieurs États membres en cas de changement du lieu de travail habituel.

Importance : Clarifie l’application du règlement Rome I en matière de droit du travail transfrontalier, ce qui a des implications significatives pour les salariés mobile et les conflits de lois dans l’UE

⚖️  Affaire Commission c. Pologne (CJUE [GC], 18 décembre 2025, C-448/23)

Objet : manquement de la République de Pologne à ses obligations découlant du second alinéa de l’article 19 § 1 TUE, ainsi que des principes d’autonomie, primauté, efficacité et application uniforme du droit de l’Union, du fait de jugements de sa Cour constitutionnelle qui remettaient en cause les décisions et mesures provisoires de la CJUE concernant l’indépendance judiciaire.

Importance : la CJUE confirme que les décisions de certaines formations du Tribunal constitutionnel polonais violent le droit de l’Union, notamment en niant l’autorité et l’effet obligatoire des mesures provisoires et de la jurisprudence de la CJUE rendues pour protéger l’indépendance judiciaire (y compris celles imposées par Article 279 TFUE). Elle réaffirme le principe de primauté et d’efficacité du droit de l’UE, et que les cours constitutionnelles nationales ne peuvent pas décider unilatéralement que des mesures de l’UE sont contraires à leurs constitutions au détriment de droits conférés par le droit de l’Union.

Contexte politique : cet arrêt intervient dans le prolongement de la crise de l’État de droit en Pologne et renforce le cadre selon lequel des cours nationales doivent garantir l’indépendance et l’impartialité exigées par le droit de l’Union (notamment l’article 19 § 1 TUE).

🔎 Voici quelques arrêts à retenir pour leur portée pratique :

  • C-417/23Slagelse Almennyttige Boligselskab Afdeling Schackenborgvænge : Sur l’interdiction de discrimination fondée sur l’origine ethnique dans le logement public.
  • C-366/24Amazon EU : Sur des tarifs minimaux de livraison de livres et la liberté de circulation des marchandises.
  • C-422/24Storstockholms Lokaltrafik : RGPD : information à fournir lors de l’utilisation d’une caméra-piéton pour un contrôle de billets.
  • C-182/24SACD e.a. : Sur la recevabilité d’une action en contrefaçon du droit d’auteur, et la protection juridictionnelle effective des titulaires de droits.
  • C-136/24 PHamoudi c. Frontex et C-679/23 P – WS e.a. c. Frontex : Actions civiles liées à des opérations de retour conjointes Frontex ; la Cour améliore le contrôle juridictionnel et réaffirme les obligations de l’agence en matière de respect des droits fondamentaux

⚖️  C-45/24Verein für Konsumenteninformation (15 janvier 2026)

Objet : droit des consommateurs – remboursement des billets d’avion.

Résumé : la CJUE juge que, en cas d’annulation de vol, le remboursement intégral doit inclure les commissions perçues par un intermédiaire au moment de l’achat du billet. Autrement dit, un consommateur doit récupérer tous les paiements effectivement versés, y compris les frais d’intermédiation.

Importance : renforcement du droit des consommateurs à un remboursement complet, avec un impact concret sur les pratiques de l’industrie aérienne et les plateformes de vente.

⚖️  C-77/24Wunner (15 janvier 2026)

Objet : jeux d’argent en ligne et responsabilité civile.

Résumé : la Cour rappelle que, par principe, un joueur peut invoquer la loi de son pays de résidence habituelle pour engager une action en responsabilité civile contre les dirigeants d’un fournisseur étranger de jeux d’argent sans licence.

Importance : clarifie l’interaction entre compétence juridictionnelle, liberté de prestation de services et protection des consommateurs dans le secteur des jeux en ligne.

⚖️  C-129/24Coillte Cuideachta Ghníomhaíochta Ainmnithe (15 janvier 2026)

Objet : droit à l’accès à l’information environnementale.

Résumé : la CJUE confirme que les États membres peuvent exiger une identification préalable pour garantir le bon fonctionnement des procédures d’accès à l’information environnementale, même si le droit de l’UE ne l’impose pas expressément.

Importance : précision importante sur les conditions procédurales des demandes d’information environnementale et sur leur compatibilité avec la directive d’accès à l’information environnementale

⚖️  Affaire Commission c. Hongrie (CJUE, 27 janvier 2026, C-271/23)

Objet : manquement d’un État membre aux obligations découlant du droit de l’Union en votant contre une position commune de l’Union européenne.

Résumé : la Cour juge que la Hongrie a enfreint le droit de l’UE en votant contre, au niveau international, une position commune adoptée au nom de l’Union concernant la reclassification du cannabis au sein de la Commission des stupéfiants des Nations unies. Elle rappelle que les États membres doivent respecter les positions communes adoptées dans le cadre de la politique extérieure de l’UE et ne peuvent pas s’en écarter unilatéralement.

Importance : cet arrêt renforce le principe de coopération loyale entre les États membres et l’Union dans le cadre des compétences externes partagées — un point clé dans l’application du droit de l’UE en matière de politique étrangère et d’engagements internationaux.

⚖️ C-97/23 PWhatsApp Ireland c. European Data Protection Board (10 février 2026)

Objet : droit à un recours juridictionnel ouvert – admissibilité d’une action en annulation contre une décision contraignante de l’European Data Protection Board (EDPB).

Résumé : la CJUE juge que la décision litigieuse de l’EDPB, qui tranchait un différend entre autorités nationales concernant l’application du RGPD, constitue un acte susceptible de recours devant les juridictions de l’UE. Elle renvoie l’affaire au Tribunal de l’UE pour examen du fond.

Importance : l’arrêt confirme que les décisions adoptées par des organes de l’UE en matière de protection des données peuvent être contestées juridiquement lorsqu’elles ont des effets juridiques directs sur des opérateurs économiques.

⚖️  C-48/24 – Vilniaus tarptautinė mokykla (12 février 2026)

Objet : obligations linguistiques pour le personnel d’une école privée et possible violation des libertés économiques (libre établissement).

Importance : clarifie les limites des exigences linguistiques nationales au regard des libertés fondamentales du marché intérieur.

⚖️  C-471/24 – PKO BP (12 février 2026)

Objet : information sur les taux variables appliqués par des banques.

Importance : l’arrêt confirme que une obligation d’information ne nécessite pas la divulgation complète de la méthodologie interne des indices utilisés — point clé pour le droit bancaire et la protection des consommateurs.

⚖️ (Opinion T. Ćapeta) C-225/24Parlement c. Commission (12 février 2026)

Objet : avis de l’avocate générale sur l’interprétation de la suspension des fonds européens pour la Hongrie.

Importance : T. Ćapeta propose à la Cour de justice d’annuler la décision de la Commission levant la suspension du versement de fonds destinés à la Hongrie .

⚖️  C-337/22 P – EUIPO c. Nowhere (26 février 2026)

Objet : marques et droits antérieurs après le Brexit.

Résumé : la Cour de justice précise que des droits antérieurs fondés uniquement sur le droit britannique ne peuvent plus être invoqués pour s’opposer à une demande d’enregistrement de marque auprès de l’EUIPO si la décision est prise après la fin de la période de transition post-Brexit.

Importance : cet arrêt clarifie la situation juridique des droits non enregistrés issus du Royaume-Uni dans les procédures de marques de l’UE après le Brexit.

⚖️  C-92/23 – Commission c. Hongrie (26 février 2026)

Objet : manquement d’un État membre aux obligations découlant du droit de l’UE dans le secteur audiovisuel.

Résumé : la Cour constate que la Hongrie a entravé le droit de l’UE en empêchant une société de fournir des services de radiodiffusion sur une fréquence, violant ainsi les règles de services de médias audiovisuels.

Importance : cette affaire confirme que les États membres doivent respecter les obligations de marché unique et ne peuvent pas restreindre les services de médias audiovisuels en dehors des limites admises par le droit de l’Union.

⚖️  C-131/24 – VIRUS et autres (26 février 2026)

Objet : protection des oiseaux dans le cadre d’un projet routier.

Résumé : la Cour de justice précise les conditions de mise en œuvre des règles environnementales applicables à un projet d’infrastructure routière pour garantir la protection des espèces d’oiseaux concernées.

Importance : l’interprétation du droit de l’Union en matière d’environnement et de compatibilité des grands projets d’infrastructures.

⚖️  C-367/22 P & C-369/22 P – Air Canada, Air France et autres (26 février 2026)

Objet : recours contre des décisions liées à une enquête sur le cartel du fret aérien.

Résumé : la Cour de justice rejette les appels de 12 compagnies aériennes contre des décisions du Tribunal de l’UE confirmant la légitimité des mesures imposées par la Commission européenne.

Importance : cet arrêt renforce la jurisprudence sur la politique de concurrence de l’Union et la validité des décisions de sanction prises par les institutions européennes.

⚖️  Aroja (C-150/24) – 5 mars 2026

Objet : calcul de la durée maximale de rétention administrative d’un étranger en séjour irrégulier.

Résumé : la Cour juge que, pour déterminer la durée maximale de rétention, il faut additionner toutes les périodes de rétention résultant d’une même décision de retour, même si elles ont été interrompues par des périodes de liberté.

Importance : renforce les garanties contre une prolongation indéfinie de la rétention ; impose une lecture stricte de la directive « retour » ; décision importante pour la pratique des administrations nationales en matière d’éloignement des étrangers.

⚖️  Daraa (C‑458/24) – 5 mars 2026

Objet : interprétation du droit de l’UE relatif à l’asile et aux procédures concernant les ressortissants de pays tiers.

Résumé : la Cour précise dans cette décision les conditions dans lesquelles un ressortissant d’un pays tiers peut faire valoir des droits dans une procédure liée à son statut migratoire, notamment en ce qui concerne les garanties offertes lors de la prise de décisions administratives affectant son séjour. En somme, si un Etat membre refuse de prendre en charge des demandeurs d’asile dont il est pourtant responsable en vertu du droit de l’Union européenne, c’est l’Etat membre requérant qui en devient responsable, et ce, parce que les demandeurs d’asile ne doivent pas subir l’attitude illicite d’un Etat membre.

Importance : clarification des garanties procédurales dans le contentieux de l’asile et de l’immigration ; décision importante pour l’application uniforme des règles européennes d’asile ; précision que l’Etat membre qui a ainsi violé les principes du règlement Dublin III pourra faire l’objet d’un recours en manquement.

Pour aller plus loin : Liberté, libertés chéries

⚖️  Luevi (C-151/24) – 5 mars 2026

Objet : droits sociaux et principe d’égalité de traitement des ressortissants de pays tiers.

Résumé : la Cour rappelle que le principe d’égalité de traitement en matière sociale ne s’applique qu’aux prestations relevant de la sécurité sociale destinées aux personnes actives, ce qui limite l’accès de certains ressortissants de pays tiers à certaines prestations sociales. En d’autres termes, la Cour reconnaît qu’un Etat membre peut limiter le versement d’une « allocation sociale » aux seuls étrangers extra-européens disposant d’un titre de séjour de longue durée, puisqu’une « allocation sociale » n’est pas liée à l’exercice d’un travail.

Importance : (i) clarification importante sur l’accès des étrangers aux prestations sociales dans l’Union et (ii) confirmation d’une approche restrictive de l’égalité de traitement lorsque la personne n’est pas insérée dans le marché du travail.

⚖️  Shipova (C-43/24) – 12 mars 2026

Objet : reconnaissance du changement de genre d’un citoyen de l’UE dans un autre État membre et libre circulation.

Résumé : la Cour juge qu’une législation bulgare qui refuse de modifier la mention du sexe dans l’état civil d’un citoyen ayant exercé son droit à la libre circulation est contraire au droit de l’Union. L’affaire concernait une ressortissante bulgare transgenre dont l’État d’origine refusait de reconnaître le changement de genre.

Importance : un arrêt majeur sur les droits des personnes trans dans l’espace européen ; il renforce la protection de la libre circulation et de la citoyenneté européenne ; il s’inscrit dans la continuité de la jurisprudence Coman, Pancharevo ou Mirin sur la reconnaissance transfrontière de situations personnelles.

⚖️  Magyar Telekom (C-514/24) – 12 mars 2026

Objet : droits des consommateurs dans les contrats de télécommunications.

Résumé : la Cour juge qu’un abonné peut résilier sans frais son contrat Internet lorsqu’un opérateur modifie les conditions contractuelles pour se conformer à une décision de justice ou à une obligation réglementaire.

Importance : une précision importante sur les droits contractuels des consommateurs dans les télécommunications ; un arrêt qui renforce le principe selon lequel une modification substantielle du contrat ouvre un droit de résiliation.

⚖️  EM System (C-84/24) – 12 mars 2026

Objet : sanctions économiques et gels d’avoirs dans le cadre des mesures restrictives de l’UE.

Résumé : la Cour confirme que les avoirs d’une entreprise peuvent être gelés si elle est contrôlée par une personne figurant sur la liste européenne des personnes sanctionnées.

Importance : un arrêt important pour l’application des sanctions internationales de l’UE ; il confirme l’interprétation large du contrôle économique permettant de lutter contre le contournement des sanctions.

⚖️  Katholische Schwangerschaftsberatung (C-258/24) – 17 mars 2026

Objet : discrimination fondée sur la religion et autonomie des organisations religieuses en droit du travail.

Résumé : la Cour juge qu’une association catholique ne peut licencier une salariée au seul motif qu’elle a quitté l’Église (catholique). Elle considère que l’appartenance religieuse ne constitue pas une exigence professionnelle essentielle dans ce type de fonctions, sauf justification stricte.

Importance : un arrêt majeur sur la limite de l’autonomie des organisations religieuses ; il enforce la protection contre les discriminations religieuses dans l’emploi ; il prolonge la jurisprudence Egenberger et IR sur le contrôle juridictionnel des exigences religieuses.

⚖️  Comdribus (C-371/24) – 19 mars 2026

Objet : collecte de données biométriques dans le cadre d’une enquête pénale.

Résumé : la Cour affirme que la collecte de données biométriques par la police ne peut être justifiée que par une nécessité absolue, en raison de leur caractère particulièrement sensible.

Importance : renforcement de la protection des données personnelles sensibles ; encadrement strict des pouvoirs policiers ; articulation importante entre droit pénal et RGPD/droits fondamentaux. 

Conséquence(s) : La France va devoir supprimer le relevé systématique des données biométriques (Art. 55-1 CPP) et imposer aux autorités de motiver tout spécialement la « nécessité absolue » d’un tel relevé.

⚖️ Brillen Rottler (C-526/24) – 19 mars 2026

Objet : droit d’accès aux données personnelles (RGPD).

Résumé : une demande d’accès peut être refusée si elle est manifestement abusive, notamment lorsqu’elle vise uniquement à préparer une action en indemnisation.

Importance : limite stratégique du droit d’accès RGPD ; évite les usages “contentieux opportunistes” du RGPD ; équilibre entre droits des individus et abus procéduraux.

⚖️ Plusieurs arrêts du 24 mars (Remling, etc.) sont commentés sur ce blog.

⚖️ Constantin Mincu Pătrașcu Brâncuși – Parquet européen (C‑328/24 P) – 16 avril 2026

Objet : compétence juridictionnelle pour contester les actes de procédure du Parquet européen et articulation entre juridictions nationales et juridictions de l’Union.

Résumé : la Cour de justice était saisie de la question de savoir si les actes de procédure adoptés par le Parquet européen dans le cadre d’une enquête pénale pouvaient être contestés directement devant les juridictions de l’Union.

Elle répond par la négative : ces actes ne relèvent pas du contrôle direct du juge de l’Union, mais doivent être contestés devant les juridictions nationales compétentes, conformément au système instauré par le règlement instituant le Parquet européen. La Cour souligne toutefois que ce contrôle national peut s’articuler avec le mécanisme du renvoi préjudiciel, permettant, le cas échéant, de saisir la CJUE d’une question d’interprétation du droit de l’Union.

Solution : Incompétence des juridictions de l’Union pour connaître directement des actes de procédure du Parquet européen ; Compétence des juridictions nationales (avec renvoi préjudiciel possible).

Importance : arrêt structurant sur l’architecture juridictionnelle du Parquet européen ; affirmation d’un modèle décentralisé de contrôle juridictionnel, reposant d’abord sur les juges nationaux ; clarification du rôle de la CJUE : juge de l’interprétation (via l’article 267 TFUE), mais non juge direct de la procédure pénale européenne ; enjeu important pour l’effectivité des droits de la défense et l’unité du contrôle juridictionnel dans l’espace pénal européen.

⚖️  Commission c. Hongrie (C-769/22) – 21 avril 2026 [Commenté sur ce blog]

Objet : compatibilité avec le droit de l’Union d’une législation hongroise limitant l’accès des mineurs à des contenus liés aux questions LGBTQ+ (libre prestation de services, non-discrimination, droits fondamentaux).

Résumé : la Cour examine une législation interdisant ou restreignant la diffusion de contenus relatifs à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre auprès des mineurs. Elle juge que ces restrictions constituent une entrave à la libre prestation de services et à la liberté d’expression, et qu’elles introduisent une différence de traitement injustifiée fondée sur l’orientation sexuelle. La Hongrie n’a pas démontré que ces mesures étaient nécessaires et proportionnées à l’objectif de protection des mineurs.

Importance : arrêt majeur sur les droits fondamentaux dans l’espace numérique et audiovisuel ; condamnation historique d’une législation nationale visant indirectement les personnes LGBTQ+ ; nouvelle étape dans la jurisprudence relative à l’État de droit et aux valeurs de l’Union (justiciabilité illimité et application autonome).

⚖️  Staatssecretaris van Volksgezondheid (C-155/24) – 21 avril 2026

Objet : réglementation des émissions des produits du tabac et validité de l’utilisation de normes ISO pour leur mesure.

Résumé : la Cour se prononce sur la conformité au droit de l’Union de méthodes de mesure des émissions de tabac reposant sur des normes ISO, contestées au motif qu’elles ne reflètent pas les conditions réelles de consommation. Elle souligne que les autorités doivent garantir que les méthodes retenues assurent une protection effective de la santé publique, et qu’elles puissent être contrôlées et contestées.

Importance : arrêt important en matière de santé publique et transparence des normes techniques ; question centrale de l’externalisation normative (normes privées ISO) ; impact potentiel sur la régulation européenne des produits du tabac.

⚖️  Tribunal de l’Union : Red Bull c. Commission (T-682/24) – 22 avril 2026

Objet : inspections en matière de concurrence (dawn raids) et remboursement des coûts liés aux mesures d’enquête.

Résumé : le Tribunal examine la légalité d’inspections menées par la Commission dans le cadre d’une enquête en droit de la concurrence, ainsi que la question du remboursement des coûts supportés par l’entreprise lors de ces opérations. Il précise les conditions dans lesquelles les entreprises peuvent obtenir réparation ou remboursement.

Importance : clarification des droits procéduraux des entreprises lors des inspections de concurrence ; précision sur la répartition des coûts liés aux enquêtes européennes ; intérêt pratique important pour le contentieux antitrust.

⚖️ CJUE, 30 avril 2026, VHC 2 Seniorenresidenz, C-127/24

La Cour juge que la retransmission, dans les chambres d’une maison de retraite, d’émissions reçues par satellite via un système de câbles interne ne constitue pas une « communication au public » au sens du droit de l’Union.

⚖️ CJUE, 30 avril 2026, CD Tondela e.a., C-133/24

Droit de la concurrence et sport : la CJUE nuance l’appréciation des accords de non-débauchage. Ici, la Cour de justice admet qu’un accord par lequel des clubs de football portugais s’étaient engagés, dans le contexte de la pandémie de Covid-19, à ne pas recruter certains joueurs, n’est pas nécessairement incompatible avec le droit de la concurrence. L’intérêt de l’arrêt tient à son refus d’une qualification automatique : l’appréciation doit tenir compte du contexte, des objectifs poursuivis et de la proportionnalité des restrictions. C’est une décision utile pour suivre la poursuite de l’intégration du sport dans les catégories ordinaires du droit économique de l’Union, tout en ménageant ses spécificités.

⚖️ CJUE, gr. ch., 7 mai 2026, INPS, C-747/22

Protection internationale : une condition de résidence de dix ans peut constituer une discrimination indirecte. Dans cet arrêt, la Cour de justice juge contraire au droit de l’Union une condition de résidence de dix ans lorsqu’elle défavorise les bénéficiaires d’une protection internationale dans l’accès à l’aide sociale et à l’emploi. L’arrêt est à recenser pour ce qu’il confirme : les bénéficiaires de protection internationale ne peuvent être placés, par des critères apparemment neutres, dans une situation structurellement désavantageuse. La décision s’inscrit dans une logique d’effectivité du statut protecteur reconnu par le droit de l’Union.

⚖️ CJUE, gr. ch., 12 mai 2026, Meta Platforms Ireland, C-797/23

Droit voisin des éditeurs de presse : rémunération équitable, plateformes et pluralisme des médias.  La Cour de justice conforte la possibilité, pour les États membres, d’organiser une rémunération effective des éditeurs de presse face aux grandes plateformes numériques. L’intérêt de l’arrêt tient à sa portée constitutionnelle implicite : la question n’est pas seulement patrimoniale, mais touche à la soutenabilité économique de la presse et, partant, au pluralisme des médias. La liberté d’entreprise des plateformes peut donc être limitée, sous réserve du respect de l’article 52 § 1 de la Charte, afin de préserver la propriété intellectuelle et la fonction démocratique de l’information.

⚖️ CJUE, 13 mai 2026, Commission c. Italie, C-155/25

Contrats à durée déterminée dans l’enseignement public : sanction du recours abusif aux contrats précaires. L’arrêt s’inscrit dans la jurisprudence classique, mais toujours importante, relative à l’effectivité de l’accord-cadre sur le travail à durée déterminée. La Cour rappelle que les États membres ne peuvent organiser durablement la précarité dans le secteur public sans prévoir de mécanismes effectifs de prévention ou de sanction. L’intérêt de l’arrêt tient à son application au champ scolaire, où les besoins structurels ne peuvent être indéfiniment couverts par des contrats successifs.

⚖️ CJUE, 13 mai 2026, BRANDL, C-286/25

Propriété, libre circulation des capitaux et réparation d’une privation illégale de droits d’usufruit. L’arrêt prolonge le contentieux hongrois relatif à la suppression de droits d’usufruit sur des terres agricoles. Il intéresse à la fois la libre circulation des capitaux, la responsabilité de l’État pour violation du droit de l’Union et la protection patrimoniale. La Cour insiste sur l’exigence d’une réparation adéquate : lorsqu’un État prive illégalement des particuliers de droits patrimoniaux protégés par le droit de l’Union, l’indemnisation ne peut être réduite à une méthode de calcul abstraite ou insuffisante.

⚖️ Trib. UE, 13 mai 2026, Les Éditions Albert René c. EUIPO, T-24/25

Marque « Obelix » : réputation de la marque et atteinte possible par un dépôt pour armes et explosifs. Le Tribunal rappelle que la renommée d’une marque impose une appréciation concrète du risque de rattachement, même lorsque les produits en cause sont éloignés de l’univers originel de la marque. L’utilisation du signe « Obelix » pour des armes, munitions et explosifs pouvait affecter l’image attachée au personnage et à la marque antérieure.

⚖️ CJUE, 21 mai 2026, T Trust et affaires jointes FZ AR / SX, C-483/23, C-428/24 et C-476/24

Sanctions contre la Russie : les avoirs logés dans des trusts peuvent être gelés. La CJUE consolide l’efficacité des mesures restrictives européennes en refusant que les structures fiduciaires servent de refuge patrimonial. L’arrêt est important parce qu’il privilégie une approche substantielle du contrôle et de l’attribution des avoirs : le trust ne neutralise pas, par lui-même, l’application du gel lorsque les biens demeurent économiquement liés à une personne sanctionnée. La décision participe ainsi à la constitution d’un droit européen des sanctions attentif aux montages juridiques complexes.

⚖️ CJUE, 21 mai 2026, Across Fiduciaria et Unione Fiduciaria, C-684/24 et C-685/24

Lutte contre le blanchiment : accès du public aux bénéficiaires effectifs, sous réserve d’un intérêt légitime. La CJUE poursuit l’ajustement de sa jurisprudence sur les registres de bénéficiaires effectifs. Après avoir refusé un accès public généralisé et indifférencié, elle admet ici un accès conditionné par l’existence d’un intérêt légitime. L’arrêt est intéressant car il cherche une voie médiane : préserver l’utilité des instruments de transparence financière sans sacrifier entièrement les exigences de protection de la vie privée et des données personnelles.

⚖️ CJUE, 21 mai 2026, Sociálna poisťovňa, C-717/24

Sécurité sociale des travailleurs mobiles : prise en compte des avantages liés à l’exercice d’activités dans un autre État membre. La CJUE rappelle que la libre circulation des travailleurs ne doit pas conduire à l’effacement des avantages liés à une carrière exercée de part et d’autre des frontières. Le calcul de la pension doit donc intégrer les spécificités objectives d’activités accomplies dans un autre État membre, en particulier lorsque ces activités ouvraient droit, dans l’ordre juridique pertinent, à un traitement plus favorable.

⚖️ CJUE, 21 mai 2026, Mr Green, C-198/24

Ordonnance européenne de saisie conservatoire des comptes bancaires : appréciation de l’urgence. La Cour adopte une conception concrète de l’urgence : il ne s’agit pas seulement d’identifier un risque immédiat et isolé, mais d’apprécier l’ensemble du comportement du débiteur et le contexte juridique d’exécution de la créance.

⚖️ Trib. UE, 3 juin 2026, Meta Platforms c. Commission, T-1078/23

Digital Markets Act : annulation partielle de la désignation de Meta comme contrôleur d’accès pour Marketplace. Le Tribunal encadre la mise en œuvre du Digital Markets Act en exigeant une motivation suffisamment précise de la Commission lorsqu’elle désigne une plateforme comme contrôleur d’accès pour un service donné. L’arrêt est important pour la phase de consolidation contentieuse du DMA : il confirme la puissance de l’outil, mais impose à la Commission une démonstration rigoureuse de ses conditions d’application.

⚖️ CJUE, 4 juin 2026, Safi, C-147/24

Citoyenneté européenne : droit de séjour dérivé du parent d’un enfant mineur citoyen de l’Union. La Cour poursuit, avec cet arrêt, l’approfondissement de la citoyenneté européenne comme statut protecteur de l’enfant mineur citoyen de l’Union (cf. l’arrêt Ruiz-Zambrano). Elle juge que le parent ressortissant d’un État tiers peut bénéficier d’un droit de séjour dérivé dans l’État membre de nationalité et de résidence de l’enfant, même lorsqu’il dispose déjà d’un droit de séjour dans un autre État membre. L’arrêt est important parce qu’il refuse de réduire la citoyenneté de l’enfant à une mobilité abstraite : contraindre l’enfant à suivre son parent dans un autre État membre reviendrait à déplacer, voire à fragiliser, l’exercice concret de ses droits de citoyen de l’Union.

⚖️ CJUE, 4 juin 2026, Besthame, C-560/24

Citoyenneté européenne, fraude et mariage de complaisance : l’acquisition de la nationalité ne purge pas nécessairement les fraudes passées. Dans cet arrêt, la Cour rappelle que la citoyenneté de l’Union ne peut être construite sur une fraude initiale. L’acquisition ultérieure de la nationalité de l’État membre d’accueil ne fait pas obstacle, en elle-même, à ce que les autorités nationales enquêtent sur un mariage de complaisance ayant permis l’obtention de droits de séjour au titre de la directive 2004/38. L’intérêt de l’arrêt tient à l’équilibre qu’il dessine : la lutte contre la fraude demeure possible, mais ses conséquences éventuelles — y compris, à terme, la remise en cause de la nationalité et donc du statut de citoyen de l’Union — doivent respecter les exigences du droit de l’Union, notamment la proportionnalité et les garanties procédurales.

⚖️ CJUE, 4 juin 2026, Rugu et Aucroix, C-722/23 et C-91/24

Mandat d’arrêt européen : refus d’exécution et obligation de rechercher l’exécution nationale de la peine. L’arrêt précise les effets d’un refus d’exécution d’un mandat d’arrêt européen fondé sur les conditions de détention dans l’État d’émission. La Cour refuse que le contrôle des droits fondamentaux conduise à une impunité de fait : lorsque la remise est impossible, l’État d’exécution doit rechercher activement les moyens d’assurer l’exécution de la peine sur son propre territoire. L’arrêt est intéressant pour la tension classique entre confiance mutuelle, protection des droits fondamentaux et effectivité de la coopération pénale européenne.

⚖️ Conclusions AG T. Ćapeta, 4 juin 2026, Assemblée nationale c. Parlement et Conseil, C-553/24

Pacte asile et migration : subsidiarité et action de l’Assemblée nationale française. Ces conclusions sont doublement intéressantes : elles concernent le contrôle juridictionnel du respect de la subsidiarité dans un domaine politiquement sensible, et elles mettent en scène l’intervention directe d’un parlement national contre la législation européenne en matière d’asile et de migration. À suivre lors de l’arrêt, surtout dans le contexte politique ouvert par les débats récents sur la subsidiarité et la politique migratoire européenne.

  • CPI – Cour pénale internationale

Affaire Duterte (Philippines) : Audition de confirmation des charges (Pre-Trial Chamber I) prévue le 23 septembre 2025 : moment crucial pour les développements de cette affaire.

Affaire concernant des réparations (nom non précisé) :  Audience publique sur les réparations prévue le 17 septembre 2025. Décision à suivre par la suite.

Décision de report : pour l’affaire Duterte, la chambre préliminaire (Pre-Trial Chamber I) a décidé de reporter l’audience de confirmation des charges.

Avis pratique pour l’audience de confirmation des charges dans le cas Joseph Kony : l’audience débute le 9 septembre 2025, avec des indications logistiques pour les observateurs / parties concernées.

Première condamnation dans le dossier du Darfour par la CPI – Le 6 octobre 2025, la Cour pénale internationale a rendu son premier jugement de tribunal dans la situation du Darfour, en condamnant Ali Muhammad Ali Abd-Al-Rahman (alias Ali Kushayb) pour 27 chefs de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Affaire Joseph Kony
– Confirmation des charges par la Chambre préliminaire III de la CPI le 6 novembre 2025.

– Objet : 39 chefs de crimes de guerre et crimes contre l’humanité retenus contre Joseph Kony, leader de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) en Ouganda, bien que toujours en fuite.

–  Importance : Procédure in absentia remarquable, symbolique pour la juridiction internationale dans les grands dossiers de crimes internationaux.

Un ancien responsable libyen remis à la CPI — Khaled Mohamed Ali Al Hishri, suspecté de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis à la prison de Mitiga (Tripoli) entre 2015 et 2020, a été transféré d’Allemagne à la CPI début décembre 2025. Importance : c’est la première fois qu’un suspect libyen est remis à la CPI sur la base d’un mandat d’arrêt, ce qui témoigne de la persistance des efforts pour juger les crimes en Libye — un test de la capacité de la Cour à traiter des affaires “hors conflits majeurs” et à exercer sa compétence même plusieurs années après les faits.

  • CIJ – Cour internationale de justice

Le 22 octobre 2025, la CIJ a rendu un avis consultatif (ou prise de position publiquement rapportée) selon lequel Gaza Strip est soumise à des obligations de l’État d’occupation, notamment :

  • L’United Nations Relief and Works Agency (UNRWA) doit pouvoir fournir une assistance humanitaire, ce que l’État d’Israël doit faciliter.
  • Le blocage ou la restriction de cette assistance, et l’usage possible de la famine ou le déplacement forcé des personnes dans la bande de Gaza, peuvent constituer des violations du droit international humanitaire et du droit des droits de l’homme.
  • Même si l’avis est consultatif (et non un arrêt de plein contentieux avec force contraignante immédiate), sa portée politique et juridique est très importante.

🔎  Pourquoi c’est “marquant” ?

  • Cela concerne directement la responsabilité d’un État d’occupation envers une population civile dans un conflit actif — un thème central en droit international des droits de l’Homme et du droit humanitaire.
  • L’avis (ou décision) a un énorme retentissement politique et diplomatique — il pourrait influer sur des procédures de la CIJ, de la International Criminal Court (CPI) ou du United Nations General Assembly.
  • Cela renforce l’attention sur la need de suivre très attentivement les suites (monitoring d’exécution, rapport à l’AGNU, etc.).
  • Législations européennes

Le 10 octobre 2025, de nouvelles règles de l’UE sur la publicité politique sont entrées en vigueur. Elles imposent notamment une transparence accrue : qui finance la pub politique, consentement explicite pour le ciblage, interdiction d’utiliser des catégories spéciales de données (par ex. opinions politiques, origine raciale) pour le profilage à des fins publicitaires.

Le 9 octobre 2025, de nouvelles règles de l’UE sur les paiements instantanés en euro sont entrées en vigueur : les transferts en euros sont désormais possibles en quelques secondes, 24 h/24, tous jours, dans la zone euro.

Le 27 octobre 2025, adoption d’une directive révisée sur les comités d’entreprise européens (European Works Councils) : le texte est désormais adopté et devrait avoir un impact important sur le dialogue social européen.

le Parlement européen a voté le 23 octobre 2025 pour reporter l’application d’une révision du règlement CLP (Classification, Labelling and Packaging of chemicals). Ce report marque une évolution notable en matière de produits chimiques et de sécurité.

Commission Implementing Regulation (EU) 2025/2210 (31 octobre 2025) : elle pose des règles d’application du Regulation (EU) 2023/956 du Parlement et du Conseil en ce qui concerne les biens et produits transformés importés vers le plateau continental ou la zone économique exclusive des États membres.

  • Conférences & événements connexes

Une autre conférence à noter : la European Union Intellectual Property Office (EUIPO) tiendra une conférence « Copyright » les 20-21 novembre 2025, ce qui est important pour le droit de la propriété intellectuelle au niveau de l’UE.

European Economic and Social Committee (EESC) – « Annual Conference on Fundamental Rights and the Rule of Law » – le 25 novembre 2025, à Bruxelles et en ligne.

🔎 Zoom sur :

Contexte : Saisi par le tribunal de première instance (Chambéry, France), dans une affaire civile/pénale opposant XX à WW, YY, ZZ & VV.

Objet : Application du Règlement 2020/1783 (prise de preuves entre États membres) et la compatibilité avec les lois nationales concernant la demande de prélèvement d’ADN post-mortem (i.e. après la mort).

Question posée : Un tribunal d’un État membre peut-il être obligé d’ordonner un prélèvement génétique post-mortem sur le corps d’une personne décédée, dans le cadre de preuves pour une affaire judiciaire, et ce, même si la personne concernée n’est plus vivante ? Et dans quelles conditions les héritiers ou proches peuvent-ils engager ou accepter une telle preuve ?

Opinion de l’Avocat Général (AG Ćapeta) :

Le prélèvement post-mortem d’ADN n’est pas interdit en droit de l’Union, selon les circonstances ;

De tels actes peuvent être compatibles avec la Charte des droits fondamentaux et le règlement applicable s’ils respectent le cadre légal (notamment quant au respect de la dignité, des droits des proches, à la protection des données, etc.).

Dans ce cas précis, la personne décédée ne s’est pas opposée (ou aucun refus n’a été relevé), les héritiers légitimes (« enfants légitimes ») ont demandé que la preuve soit prise

Intérêt / enjeux : Détermination des limites entre respect de la vie privée (et postérité), protection des données personnelles, droits des proches, caducité de la personne concernée, et nécessité de la preuve. Cela pourrait servir de référence pour des cas similaires (autorisation de prélèvement après décès) dans d’autres États membres.

⚖️  Bervidi (C-38/24)

Contexte : Affaire devant la Corte Suprema di Cassazione (Italie), requête de décision préjudicielle par un salarié, « GL », employé dans une station (poste opérateur) qui s’occupe de son enfant souffrant d’un handicap grave et totalement incapable.
Cour de justice de l’Union européenne

Demande : Législation de l’UE (Directive 2000/78/CE) doit-elle être interprétée, éventuellement sur le fondement aussi de la Convention des Nations-Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), pour garantir à une personne aidante familialement (caregiver) d’une personne gravement handicapée la protection contre la discrimination indirecte dans le contexte professionnel ?

Si oui, la directive doit-elle être interprétée comme incluant la protection pour toute personne soignante (famille ou partenaire de fait), même informelle, gratuite, sur un nombre significatif d’heures, de façon continue et à long terme, pour personne ne pouvant se prendre en charge elle-même dans les activités quotidiennes.

Points clés à venir : Il s’agit d’une question de discrimination indirecte : une personne aidante pourrait être désavantagée dans l’emploi du fait des obligations de soin, sans que ce désavantage ne soit directement lié à un handicap personnel, mais en raison de la situation du proche. La demande préjudicielle cherche à clarifier les droits des aidants familiaux sous le droit de l’UE en matière d’égalité de traitement et de non-discrimination.

Importance : Si la CJUE statue en faveur de la requérante, cela pourrait étendre la portée de la directive antidiscrimination pour inclure des personnes aidantes (familiales) dans des situations de handicap grave. Cela concerne la lutte contre la discrimination indirecte, reconnaissance des responsabilités familiales, équilibre travail / obligations de soin.

⚖️  Autriche c. Commission (C-59/23 P)

Objet : La CJUE (le 11 septembre 2025) annule la décision de la Commission d’autoriser une aide d’État à la Hongrie pour la centrale nucléaire Paks II.

Importance : Montre l’étendue du contrôle de l’Union sur l’aide publique dans les secteurs dits « verts » ou stratégiques.